jeudi 17 août 2017

Natacha Polony – «Airbnb et les quarante voleurs»

natacha abnb

 

Natacha Polony – «Airbnb et les quarante voleurs»

https://sansapriori.net/2017/08/11/2072-natacha-polony-airbnb-et-les-quarante-voleurs/

LA CHRONIQUE DE NATACHA POLONY – Le capitalisme californien, mariage de la dérégulation financière et du numérique, n’a rien de la gentille utopie collaborative qui s’appuie sur le partage pour créer une nouvelle forme d’économie.

En France, huit professeurs agrégés en fin de carrière contribuent autant, par leurs impôts, aux hôpitaux, aux routes et aux écoles, qu’une multinationale américaine qui ruine un pan entier de notre économie.

Airbnb a payé, en 2016, 92.000 euros d’impôts.

  • Pourtant, la France est son deuxième marché, après les États-Unis. Un pays qui accueille 80 millions de touristes par an, quelle manne potentielle!

  • D’ailleurs, est-ce un hasard: si les touristes sont revenus en France, après le désastre de deux années marquées par les attentats, ils dépensent moins chez nous qu’ailleurs.

  • Et le sentiment d’insécurité qu’ils éprouvent du fait des pickpockets et des pilleurs divers et variés ne suffit pas à expliquer les économies qu’ils font.

  • Mais un appartement loué sur une plateforme numérique revient tellement moins cher que quelques nuitées dans un hôtel écrasé par les charges et les contraintes et qui doit répercuter le coût de l’Urssaf et des taxes sur la note du client.

Chez Airbnb, en revanche, on ne paie pas de charges. Et très peu d’impôts. Par un système de facturation depuis la filiale irlandaise, la commission de 12 % perçue sur la location ne passe jamais par la France.

L’entreprise ne crée aucun emploi, ni aucune richesse en France. Elle en détruit. Et les particuliers qui arrondissent leurs fins de mois en louant leur appartement n’ont pas conscience qu’ils créent un chômage dont les conséquences se verront sur leur propre fiche de paie, à travers les prélèvements, et sur leur feuille d’impôt, puisqu’il leur appartiendra de financer les infrastructures avec lesquelles Airbnb gagne des millions sans jamais en reverser aucun à la collectivité.

«Ce qu’on nous vante comme une libération des énergies n’est que le contournement de toutes les régulations mises en place par les États pour protéger les consommateurs»

Certains s’imaginent encore que ce système économique a quoi que ce soit à voir avec le libéralisme.

  • Une concurrence parfaitement déloyale,

  • la déstabilisation de secteurs économiques qui contribuent à la richesse nationale par des emplois, des savoir-faire et le paiement de leurs impôts,

  • l’instrumentalisation du droit,

  • l’absence de toute décence et la prédation érigée au rang d’art de vivre,

voilà qui aurait scandalisé les penseurs du libéralisme classique, mais qui semble tout à fait acceptable aux zélateurs actuels de l’économie dérégulée.

Ceux-là tentent de nous faire croire que refuser ce système à la fois injuste et destructeur reviendrait à prôner la collectivisation soviétique des moyens de production.

C’est confondre la liberté d’entreprendre avec le droit de piller. C’est oublier, surtout, que ce modèle ne relève d’aucune nécessité, mais bien de choix politiques.

Le capitalisme californien, mariage de la dérégulation financière et du numérique, n’a rien de la gentille utopie collaborative qui s’appuie sur le partage pour créer une nouvelle forme d’économie.

Ce qui nous est présenté comme une meilleure utilisation du capital existant – en l’occurrence un appartement que nous n’occupons pas forcément tous les jours de l’année – repose sur la transformation de toute activité humaine et de toute propriété en une occasion de profit. Ce qu’on nous vante comme une libération des énergies n’est que le contournement de toutes les régulations mises en place par les États pour protéger les consommateurs.

«La France y perd 60 à 80 milliards de recettes fiscales par an»

Mais n’oublions pas un acteur essentiel de ce jeu de dupes. Face au scandale provoqué par la révélation du montant dérisoire de l’impôt acquitté par Airbnb, Pierre Moscovici, commissaire européen aux Affaires économiques, a appelé les pays membres de l’Union à mettre en place une «assiette commune» de l’impôt sur les sociétés, qui permettrait de se mettre d’accord sur les données fiscales, et donc sur le montant d’impôt que doit payer chaque entreprise dans le pays où il exerce son activité.

Mais hors de question d’harmoniser les taux d’impôt sur les sociétés.

Mieux, ladite assiette commune risque fort de préserver les exemptions dont bénéficient les multinationales et qui leur permettent de payer nettement moins d’impôts que n’importe quelle PME.

La Commission européenne se réveille après des années d’optimisation fiscale forcenée par les géants du numérique américains, mais ne voudrait tout de même pas les fâcher trop[1].

La destruction des économies européennes va pouvoir se poursuivre encore longtemps.

La France y perd 60 à 80 milliards de recettes fiscales par an. Sans compter la fermeture d’hôtels, les emplois détruits, l’argent dépensé par les touristes, non pas en nuitées et petits déjeuners vendus par des artisans, mais en produits bas de gamme achetés en supermarché.

Quelques propriétaires d’appartements, bien sûr, se seront enrichis. Ce système aura même encouragé la spéculation immobilière en permettant à certains de se lancer dans l’investissement locatif. Certains quartiers de Paris se sont déjà vidés, et les colocataires subissent les nuisances d’inconnus peu enclins à préserver les parties communes. Ceux qui voulaient croire que la mort de notre industrie serait compensée par le triomphe des services devront sortir de leurs doux rêves.

Il n’est d’autre solution que de reconstruire, face à cette économie de la prédation, une économie réelle, reposant sur des circuits courts et récompensant la création de valeur. Une économie qui protège de la concurrence déloyale en compensant ces distorsions par un soutien actif. Une économie au service d’un modèle de société pour que la société ne soit pas soumise à une économie régie par les prédateurs.

lien[]

  1. http://premium.lefigaro.fr/societes/2017/05/24/20005-20170524ARTFIG00013-harmonisation-fiscale-l-europe-pietine.php

Cet article est publié dans l’édition du Figaro du 12/08/2017.

source/http://premium.lefigaro.fr/vox/economie/2017/08/11/31007-20170811ARTFIG00182-natacha-polony-airbnb-et-les-quarante-voleurs.php

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samedi 12 août 2017

E. Macron peut- il réussir sa politique?

ARG1 PAUVRETE

 

E. Macron peut- il réussir sa politique?

30 juillet 2017 par Gabriel Galand |

http://www.chomage-et-monnaie.org/

E. Macron a été élu sur un programme implicite ou explicite de réforme du marché du travail et des retraites, de respect des équilibres de Maastricht (avec réduction des effectifs de fonctionnaires) et de relance de l’Europe lui permettant d’obtenir certains retours bénéfiques. Tout ceci visant à développer l’économie suffisamment pour diminuer enfin le chômage et augmenter les revenus des français. Son programme prévoit une croissance de 1,6% par an de 2018 à 2020, puis 1,7 en 2021 et 1,8 en 2022.

On ne peut que souhaiter au président de réussir son pari, mais quelles sont les raisons objectives de croire à cette réussite ?

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On ne semble pas devoir soupçonner l'auteur de cet article d'un a priori défavorable envers M. Macron ou au moins ses objectifs en terme de “flexibilité” du travail. C'est ce qui rend ses propos intéressants, car même dans cette optique, il exprime des doutes sur la faisabilité d'une telle politique en France, pour différentes raisons qui peuvent enrichir notre réflexion. P.G.

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Il semble que les prévisions de croissance citées ci-dessus ne reposent pas sur un raisonnement keynésien d’action des dépenses publiques. En effet, le président a dit plusieurs fois qu’il ferait 50 milliards de dépenses d’investissement, mais aussi 60 milliards d’économies. Des documents sont parus depuis qui précisent ces affirmations globales. Les 60 milliards, ce sont des économies annuelles, qui croîtront d’une somme non définie en 2018 à 60 milliards en 2022[1]. Les 50 milliards de dépenses, c’est global pour le quinquennat.

Il y donc un fort excédent des baisses de dépenses par rapport aux hausses. Par ailleurs, le premier ministre et le président vont répétant qu’il faut désintoxiquer les français de la dépense publique[2]. Nous pouvons aussi ajouter les éléments suivants qui confirment ce rejet de la dépense publique comme moyen d’action :

- Après la « découverte » du trou de 8 milliards d’euros légué, paraît-il, par le précédent gouvernement, le gouvernement actuel a confirmé sa volonté de respecter les limites de 3% du déficit budgétaire dès 2017, d’où des coupes supplémentaires.

- Le gouvernement a déclaré vouloir stabiliser les dépenses publiques à l’horizon 2022.[3] D’après des informations recueillies par le journal « Les Echos », cette contrainte obligerait le gouvernement à faire 80 milliards d’économies et non 60.

- Les prévisions annoncées pour 2018 sont de 14 milliards de baisses d’impôt, 2,5 milliards de taxes supplémentaires, et 11,5 milliards d’économies sur les dépenses (dont 8 milliards pour la Sécurité Sociale). On voit que le « en même temps » macronien fonctionne à plein car les nouvelles dépenses sont toujours au moins compensées soit par de nouvelles recettes soit par de nouvelles économies.

- Le premier ministre ne fait pas mystère de sa volonté de diminuer le déficit budgétaire à 0,5% du PIB en 2022, et de diminuer aussi le ratio de prélèvements obligatoires et le ratio de dette publique.

  • Le financement des 50 milliards d’investissements n’est pas encore établi par le responsable Jean Pisani-Ferry. Il semble qu’on utilisera au maximum le redéploiement de crédits existants ou de fonds déjà créés par Sarkozy ou Hollande. Cette part n’apportera donc aucun financement nouveau à l’économie. Il y aura aussi des privatisations (le chiffre de 10 milliards a été cité). Pour le reste on essaiera sans doute d’impliquer au maximum le secteur privé. Mais là aussi une partie de ces financements privés seront des investissements déjà prévus (effet d’aubaine).

  • Toutes ces indications nous paraissent confirmer que le biais est nettement restrictif et qu’on n’aura pas de moteur de croissance provenant des dépenses publiques puisque les dépenses supplémentaires seront très probablement très loin de compenser les économies prévues. Nous dirions même que dans l’état actuel des intentions du gouvernement la politique budgétaire est récessive.

    Un moteur alternatif peut être l’augmentation du pouvoir d’achat. Du côté des salaires, il n’y a rien à l’horizon, ou presque, compétitivité oblige ! Par contre, du côté de la baisse des impôts. E. Macron a promis notamment une exonération de taxe d’habitation pour 80% des contribuables, et une suppression des cotisations salariales pour les actifs du privé, mais tout ceci devra être compensé, notamment par une hausse parallèle de la CSG. Il est donc à craindre qu’encore une fois on donne d’une main et qu’on reprenne de l’autre.

  • Les sources de croissance ne peuvent alors venir que d’une dynamisation de l’offre, ce qui est cohérent avec la politique passée d’Emmanuel Macon comme ministre des finances. Il s’agit officiellement de « flexibiliser » le marché du travail, mais en fait ce qu’on souhaite c’est baisser les salaires et rogner les droits. Quoi qu’il en soit, E. Macron pense que de ce fait les entreprises embaucheront les travailleurs en plus grand nombre, car leur coût direct ou indirect baissera. Si ceci se produisait effectivement, l’offre nationale deviendrait plus compétitive à la fois à l’intérieur du pays et à l’extérieur. De plus, les nouveaux embauchés dépenseraient leurs revenus et augmenteraient le volume de l’économie nationale. Dans ce cas le chômage baisserait.

Cette politique a été menée par Tony Blair il y a 20 ans, et par Gérard Schroeder il y a 10 ans avec un certain succès apparent. Elle a été reprise depuis dans plusieurs pays européens, nous y reviendrons. Il s’agit toujours officiellement de rendre le code du travail moins « rigide ». Bien entendu, les promoteurs de cette politique ajoutent toujours qu’il faut « en même temps » augmenter la sécurité des emplois, c’est la fameuse « flexisécurité » très à la mode ces dernières années, notamment dans les pays scandinaves.

Il n’est pas politiquement facile de mettre en œuvre ce genre de politique. Le gouvernement le sait, qui glorifie abondamment la liberté d’entreprendre et la fluidité des relations de travail, mais cache la précarité et l’arbitraire patronal qui peut en résulter. Quand la réalité sera dévoilée il y aura donc des résistances, et des manifestations ont d’ailleurs déjà été annoncées par certains partis et certains syndicats.

Mais supposons que le gouvernement puisse mener ces réformes jusqu’au bout, celles-ci sont-elles souhaitables ? Quelles sont les différentes variantes de cette politique, quels en sont les gagnants et les perdants ? Pour répondre à ces questions nous faisons ci-dessous un voyage dans plusieurs pays européens pour déterminer ce qui est bon et ce qui ne l’est pas, et ce qui semble applicable en France.

Les premiers en Europe à se lancer dans la flexibilisation du marché du travail ont été les britanniques. Margaret Thatcher a commencé au début des années 1980. Tony Blair a continué à la fin des années 1990, puis Cameron a amplifié les choses à partir de 2010. En résumé, le marché britannique s’est progressivement et grandement flexibilisé, mais le volet sécurité a été très peu pris en compte, au point qu’on a pu qualifier la Grande-Bretagne de pays « flex-insecure ». En effet ce marché est un des plus flexibles d’Europe[4]. Le contrat « zéro heure » symbolise cette flexibilité. Il concerne presque 1 million de personnes et consiste à ne fixer aucune durée hebdomadaire de travail, cette durée pouvant être un temps plein une semaine et zéro la semaine suivante. Dans l’autre sens, pas de durée maximale. Le maximum européen de 48h hebdomadaires est officiellement en vigueur, mais on peut y déroger très facilement.

Presque toutes les décisions concernant les salariés se prennent au niveau de l’entreprise, au point que des voix commencent à dénoncer l’absence de coordination au niveau des branches. Pour parachever l’édifice, David Cameron a institué une quasi impunité des employeurs : plafonnement des indemnités de licenciement à 12 mois de salaire, ancienneté minimale de deux ans pour pouvoir saisir les prudhommes, institution d’un recours payant à ceux-ci (310 livres en 2013), durcissement du droit de grève, …. Il n’y plus beaucoup de plaignants[5] !

Bilan de cette flexibilité sans sécurité ? Ses défenseurs argumentent que c’est la principale raison de la forte baisse du chômage depuis les années 1990. Peut-être, mais c’est au prix d’une précarisation très forte des travailleurs. Les autorités prétendent aussi que cette dérèglementation aurait permis aux entreprises d’embaucher plus. Mais ceci est démenti par des études[6], qui ont mesuré que la croissance du pays n’est pas plus riche en emplois. C’est plutôt la croissance elle-même qui est plus forte. Par ailleurs il a été noté un désengagement important de certaines catégories sociales, qui les a conduits à quitter le marché. Enfin, l’étude pointe le fait que les négociations salariales sont au niveau le plus bas et que ceci a conduit à une sous-indexation obligée des salaires réels à la productivité. Par ailleurs, ce pays étant hors zone euro, la Banque d’Angleterre mène une politique autonome très accommodante et maintient un taux de la livre assez bas. Le déficit budgétaire a été conservé après la crise à des niveaux très hauts (11% du PIB en 2010, 6,6% en 2013), en tout cas bien plus haut que dans les pays de la zone euro. On peut penser que ces politiques monétaires et budgétaires expansives ont autant contribué à la croissance, voire plus, que la flexibilité.

Le bilan britannique est donc plus que mitigé, négatif du point de vue social et douteux du point de vue de la croissance économique et du chômage.

Qu’en est-il en Allemagne ? Bien que moins exagérément flexible qu’en Angleterre, le marché allemand est incontestablement beaucoup plus flexible que le français. Disons pêle-mêle qu’un patron allemand peut engager en CDD (durée inférieure à 2 ans) sans motif particulier et renouveler ce CDD 3 fois dans les 24 mois (plus longtemps dans certains cas), que le licenciement est très aisé dans les petites entreprises (moins de 10 salariés), dans les autres une simple lettre suffit, que l’indemnité de licenciement n’est pas la règle (il faut un motif), que les plans de restructuration sont assez aisés, et que leur contestation est très encadrée. Le temps de travail est limité à 48h, le salaire minimum est à 8,84€/h et les charges sociales de 20% du salaire brut (c’est un taux faible). Il y a aussi des « mini jobs » à 450 euros par mois avec très peu de charges.

En principe ce droit très favorable à l’employeur est contrebalancé par des conventions collectives beaucoup plus avantageuses. C’est le cas dans l’industrie. Mais la proportion de salariés couverts par ces conventions est en déclin (moins de la moitié aujourd’hui). C’est pourquoi les syndicats, constatant que le dialogue social n’est plus suffisant pour assurer aux salariés un revenu décent, réclament maintenant un salaire minimum. En effet la part des « bas salaires » (salaires inférieurs aux 2/3 du salaire médian) est à 22,5%, une des plus élevée d’Europe (8,8% en France)[7].

Il est toutefois incontestable qu’ici aussi l’économie se porte bien globalement, et probablement la flexibilisation y a contribué, principalement par la baisse du salaire moyen, ce qui a facilité la conquête des marchés extérieurs. Cependant le système produit aussi des inégalités assez fortes, et une fois de plus, le volet « sécurité » des emplois n’est pas traité.

Déplaçons-nous maintenant en Hollande. Dans ce pays, on parle clairement de flexisécurité. Ce concept a fait l’objet d’un accord en 1996 et d’une loi en1999. On a donc un bilan de 20 ans d’application. Or une étude récente[8] est très critique. Il constate que la part de l’emploi flexible est de 1/3 (dont 1/10 de travailleurs indépendants) sans compter le temps partiel (très courant) et que le volet sécurité de la « flexisécurité » est largement oublié.

En effet, à côté du CDD et de l’intérim classique, on a aussi le « payrolling » (travailleur détaché) et le « contracting » (sous-traitance), tous deux plus développés qu’ailleurs, et dans lesquels le travailleur échappe aux conventions de l’entreprise utilisatrice et à celles de l’intérim (contrats « sur appel », « zéro heure », …). Enfin les travailleurs indépendants (auto-entrepreneurs) ou les « faux indépendants » ont déstabilisé le marché du travail dans plusieurs secteurs (bâtiment, transport).

Il faut noter que comme le souhaite E. Macron en France, la loi de flexisécurité a prévu que des accords d’entreprises puissent déroger aux accords de branche ou nationaux, en mieux comme en moins-disant. Mais aujourd’hui on constate que la crise et la concurrence ont surtout amené plus de flexibilisation (dérogations au nombre maximum de CDD successifs, réduction du délai de carence entre deux contrats). La course vers une flexibilité toujours plus forte l’emporte.

Constatant les dégâts, depuis 2010 les autorités ont tenté de revenir en arrière en verrouillant quelques points : pas de CDD supérieur à 2 ans et 6 au maximum sur 4 ans, obligation de les justifier par des contraintes d’activité, responsabilité des donneurs d’ordre dans le paiement des salaires en cas d’intermédiaires, et encadrement strict du statut de travailleur indépendant. Mais nombreux aux Pays-Bas sont ceux qui pensent qu’il sera impossible de faire rentrer le diable dans sa boîte.

Nous allons terminer notre voyage en Europe par les pays nordiques (Danemark, Suède, Finlande), qui présentent entre eux beaucoup de points communs et qui seront en somme, l’exception qui confirme la règle. En effet, ces pays sont typiquement ceux qui ont appliqué la flexisécurité à la satisfaction des 2 parties, mais nous verrons que ce succès tient autant à un contexte spécifique qu’à la flexisécurité elle-même. Le Danemark est le plus typique, nous le prendrons comme exemple, et son système se caractérise par 3 volets indissociables :

1. Un marché du travail flexible : facilité d’embauche et de licenciement, guère de différence entre CDD et CDI. Cette légèreté de la loi est fortement contrainte par une obligation consentie par les employeurs de négocier avec des syndicats puissants et bien informés (par exemple pour un licenciement collectif). 80% des salariés sont syndiqués (11% en France, 25% en Allemagne) et 60% d’entre eux ont un patron également syndiqué (moins de 10% en France[9]).

2. Indemnisation du chômage généreuse : 90% du salaire pendant 2 ans, avec plafonnement à 562 € par semaine. Après, il y a une allocation d’aide sociale, calculée à 60% du plafond ci-dessus.

3. Politique d’emploi active : le chômeur doit rendre compte chaque semaine de sa situation, et il est souvent envoyé en formation pour compléter ses compétences. Après quelques mois la pression est mise pour accepter les offres qui se présentent même dans un métier différent.

Le modèle danois de flexisécurité fonctionne donc. Le chômage est officiellement à 6% et surtout le Danemark utilise 76% de sa population active, contre 57% en UE27. Il frise même la surchauffe car il y a des pénuries de main-d’œuvre qualifiée. Ceci dit la croissance est modérée (1% en 2016).

Il fonctionne principalement parce que les danois l’acceptent. Satisfaits de la sécurité apportée, ils acceptent d’être flexibles, de souvent changer de job, voire de métier.

Ceci dit, il a un coût. Le Danemark y consacre 1,6% de son PIB auxquels il faut ajouter 0,54% de coût des formations associées. Les coûts correspondants en France sont de 0,25% (budget de Pôle Emploi) et 0,3% (formations associées).

Ce coût est également accepté par les danois, tout comme le taux des prélèvements obligatoires, un des plus élevés d’Europe (très proche de celui de la France).

Les 2 autres pays nordiques examinés sont au même diapason. Les différences sont minimes. On peut toutefois noter des licenciements plus difficiles en Suède, sauf difficultés économiques, mais encore une fois ceci est compensé par la vigueur des discussions entre les syndicats et le patronat.

En conclusion sur la mise en œuvre de la flexisécurité dans ces pays nordiques, il est probable que cette politique explique en partie la bonne santé économique et surtout sociale de ces pays. Mais il faut insister sur le fait que la flexibilité ne peut seule être tenue comme l’explication de ces succès. Le complément d’une sécurisation très active des emplois est indispensable, et l’investissement massif et régulier dans le « capital humain » y contribue tout autant. Rappelons aussi que tous ces pays sont hors zone euro, et même hors UE pour la Norvège. Ceci leur donne une grande liberté pour leurs politiques monétaire et budgétaire.

La leçon de cette description sommaire du fonctionnement des marchés de l’emploi dans 6 pays européens est multiple :

1. Dans les pays où la flexisécurité fonctionne vraiment (chômage bas et précarité faible), ce succès est permis par un contexte social très particulier, notamment l’acceptation par les travailleurs de la mobilité et de l’impôt. Il est aussi permis par une négociation fructueuse sur tous les sujets entre des syndicats puissants de patrons et de travailleurs. Enfin il a un coût élevé. Le succès est aussi permis par une politique de formation de haute qualité de toute la population.

2. Partout où la flexibilité est promue sans la contrepartie obligatoire de la sécurité, la concurrence internationale pousse le marché et les partenaires sociaux vers toujours plus de flexibilité et une grande précarité. Elle augmente aussi les inégalités, et assez souvent la hausse des salaires est fortement freinée.

3. Dans tous les cas examinés, le chômage a été abaissé, mais en l’absence de sécurité, la responsabilité de la flexibilité dans ce succès reste à prouver. Même quand c’est le cas, la flexibilité plus grande ne peut abaisser le chômage qu’en augmentant la compétitivité, par baisses des coûts directs ou indirects. Donc non seulement la précarité augmente, mais de plus elle doit se traduire par une baisse des salaires moyens ou des avantages sociaux, ou des deux.

Compte tenu de ces éléments, que peut espérer E. Macron et surtout, que peuvent espérer les travailleurs français ? Supposons que l’action du gouvernement ne rencontre aucune opposition et puisse se dérouler sans entrave, ce qui en réalité est loin d’être acquis. Que pourrait-on en espérer ?

La flexisécurité vraie, à la scandinave, semble hors de portée. Si d’aventure la volonté de l’atteindre était affichée par nos dirigeants, c’est que probablement ils ne mesureraient pas le coût et les implications sociales de cette politique. S’ils s’y lançaient malgré tout, il est à craindre que la sécurité ne soit oubliée au passage et qu’un engrenage à la hollandaise ne s’enclenche. Dans ce cas on afficherait un dispositif de sécurité rassurant, mais son effet réel serait nul, et le pays glisserait peu à peu vers la flexi-insécurité.

Par ailleurs, n’oublions pas que le but avoué ou implicite de toute cette stratégie est de rendre les entreprises françaises plus compétitives et de gagner des points dans la compétition internationale. Or plus le temps passe, et plus sont nombreuses les nations qui font de même. Il en résulte une compétition au moins-disant social et aux salaires bas dont font les frais les travailleurs des pays concernés.

(1) En fait, le gouvernement espère économiser 10 milliards d’assurances chômage du fait de l’amélioration de la conjoncture, il resterait alors 50 milliards par an de diminution des dépenses. Par ailleurs ces 50 ou 60 milliards s’entendent par rapport à un niveau de dépenses publiques qui « aurait cru » à un rythme de 1,7% par an. Il y a là un peu de marge de manœuvre, car ce taux est arbitraire.

(2) Cette affirmation témoigne d’une méconnaissance de la situation réelle du pays. Dès 2012, L. Davezies, dans « La crise qui vient », décrivait la sombre situation de nombreuses provinces, qui n’ont pu supporter la disparition des emplois industriels que grâce à l’emploi public et aux transferts sociaux. Il y a peu de chances que la situation se soit améliorée depuis.

(3) Voir Les Echos du 12 Juillet 2017

(4) Voir Hélène Haus « La Grande-Bretagne, royaume de la flexibilité absolue » La Tribune 06/08/2013

(5) Solène Davesne « Les limites de la flexibilité » Usine Nouvelle 19/05/2016

(6) Christine Rifflart « Flexibilité en trompe-l’œil du marché du travail britannique. » Revue de l’OFCE N°66 Juillet 1998

(7) Cécile Bouthelet « En Allemagne, le droit du travail est plus flexible, mais produit des inégalités. » Le Monde 11/04/2017

(8) « Au bout de 20 ans de réformes du marché du travail, l’emploi trop flexible ? » Chronique Internationale de l’IRES, Septembre 2016

(9) Il s’agit d’estimations. Le chiffre exact n’est pas connu pour l’instant.

 

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vendredi 11 août 2017

La Grèce n'en finit pas de mourir

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La Grèce n'en finit pas de mourir

http://lebondosage.over-blog.fr/2017/05/la-grece-n-en-finit-pas-de-mourir.html

Comme nous venons d'élire un digne représentant du néolibéralisme européiste décomplexé et qu'il nous prépare avec son tuteur allemand un régime grec pour la France. Il me semblait opportun de faire un bilan sur la situation de ce pauvre pays coincé entre une extrême gauche préférant l’absence de frontière à la solidarité nationale et une construction européenne obsédées par la pratique de concepts économiques aussi erronés que néfastes. Les Grecs ne sont évidemment pas innocents dans cette affaire, après tout ils ont élu leurs bourreaux tout comme les Français ont élu Macron. Mais même en faisant cette remarque cela ne signifie pas pour autant que cette responsabilité nous dédouane de toute analyse sérieuse. En effet, bon nombre de personnes ne comprennent tout simplement pas les effets des politiques monétaires et des choix macro-économiques. Le simple fait que même le FN veuille abandonner la question de la sortie de l'euro montre toute l'incompréhension de ces questions y compris chez les principaux partis de l'anti-système*. Certes, les questions économiques peuvent sembler abstraites ou trop éloignées des préoccupations immédiates.

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*Point de vue de l'auteur, je ne pense pas que le FN soit un parti anti- système, si tant est que cela signifie quelque chose, d'ailleurs. P.G.

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L'économie est pourtant à la politique, ce que la logistique est à la stratégie militaire. La logistique n'est pas le cœur de l'action militaire, mais elle la rend possible en pratique. Combien d'armées puissantes sont-elles tombées par la faute d'une mauvaise logistique ? Il en va de même pour les questions économiques et monétaires. Elles ne sont pas le but réel de l'action que doit mener une politique alternative, mais elles sont le moyen par lequel s'exerce cette politique. Même de Gaulle faisait de l'économie non pas par intéressement particulier sur cette question, mais bien parce qu'il avait compris tout l’intérêt de la maîtrise de ces questions dans l'intérêt général de la France. Quand de Gaulle dévalue le franc de près de 30 % en deux fois en 1958 c'était pour résoudre les questions de déséquilibre commercial français. Et il a bien fait puisque la croissance s'est améliorée tout comme la situation du commerce et de l'emploi. Entre la rente et le travail productif, le général de Gaulle choisit alors le travail productif. Nous vivons encore sur les restes de ces politiques affreusement étatistes et interventionnistes.

La Grèce ne fait plus de politique économique

La nation grecque est un exemple particulièrement parlant des effets d'une absence de liberté monétaire et économique pour un pays. Voilà une nation qui a vendu son indépendance nationale pour pouvoir faire partie de la zone euro . Les gouvernements de « gauche » qui dirigent ce pays depuis la crise n'ont pas cessé de préférer l'euro à la lutte contre le chômage et la pauvreté. Ce qu'il faut bien comprendre c'est que la suppression de l'indépendance monétaire est en soi une politique. Ce n'est pas quelque chose de neutre, mais un choix qui va mécaniquement imposer une certaine répartition des richesses au sein d'un pays. Le grand ennemi de la rente c'est l'inflation et son corolaire la baisse du rendement des actions et des intérêts. Cette peur fondamentale de l'inflation qui a été érigée en pilier de la bonne gouvernance économique n'est pas le fruit du hasard. C'est la contre-réaction du capital et de la finance qui était naturellement rongée dans les années 70 par la baisse concomitante des gains de productivité et le ralentissement de la croissance démographique. Il leur a fallu faire peur sur la question de l'inflation pour défendre en réalité leurs intérêts.

Or comme l'a très bien démontré Keynes, l'inflation n'est pas du tout cette horreur que décrivent les libéraux. C'est au contraire le remède naturel qui se produit lorsque la richesse est trop concentrée. L'inflation fluidifie l'économie, elle ronge les rentes sous toutes leurs formes. Elle contrebalance la fameuse formule des taux d'intérêt composé qui tend naturellement à concentrer toutes les richesses entre quelques mains. Rappelons qu'il n'y a pas besoin de faire de marxisme pour comprendre la nature dangereuse du capitalisme. Les mathématiques suffisent puisque la formule des taux d'intérêt composé est une progression géométrique . L'utilité de l'inflation est de plus particulièrement vraie dans des pays où la gestion du personnel travailleur est difficile, là où les négociations sont mal organisées et la vie sociale relativement brutale. S'il est difficile de négocier avec ses salariés, l'inflation vient faciliter la tâche (...) De fait, l'inflation facilite la gestion des ressources humaines et la flexibilité des entreprises.

Vous voyez ici la source de la différence fondamentale entre un pays comme l'Allemagne par exemple et la Grèce ou dans une moindre mesure la France. La Grèce comme la plupart des pays du sud à besoin d'inflation pour que son corps social fonctionne correctement sans quoi la société se bloque et les rentes s'accumulent encore plus vite. La compétitivité s'essouffle et l'économie périclite. La gestion à l'allemande est inconcevable dans ce type de société, il était dès lors complètement absurde de donner la même monnaie à la Grèce et à l'Allemagne. Ajoutons à cela que les contraintes géopolitiques et les risques militaires obligent ce pays à maintenir des budgets de défense pour sa propre survie ce qui rajoute à l'incompatibilité avec la gestion à l'allemande de l'économie.

En regardant le taux d'inflation de l'économie grecque précédant la monnaie unique l'on voit que ce pays avait un taux naturel d'inflation très élevé. Il n'est dès lors pas très étonnant de voir que l'euro a eu des effets extrêmement mauvais pour l'emploi et la croissance dans ce pays. Mais pour les élites du pays, c'était certainement un objectif. La dépression n'est pas le résultat du hasard, mais l'effet voulu par les décisionnaires. On remarque d'ailleurs que depuis 2014 la Grèce est maintenant en déflation, la vie rêvée du rentier qui voit le coût de la production baisser pendant que ses actions et sa rente immobilière rapportent des intérêts positifs.

(...) le chômage en Grèce atteint des niveaux dramatiques . C'est d'autant plus grave que la population diminue comme en Espagne, les jeunes fuient un pays qui est pourtant extrêmement vieillissant. L'amélioration relative depuis 2014 tient aussi à la baisse de l'euro qui comme je l'ai signalé dans un texte récent, qui donne un petit souffle aux pays du sud y compris à la France (...)

Sous l'effet conjugué de la baisse de l'euro et des politiques de contrition salariale, la balance commerciale du pays s'est améliorée . Ces politiques ont encore fonctionné comme en Italie et en Espagne en attendant la France. Cette amélioration s'est faite surtout par la réduction de la demande intérieure comme dans les autres pays latins (...)

Le niveau actuel des importations et des exportations a rejoint en valeur le niveau de 1999 il y a 18 ans de cela. La Grèce a perdu près de vingt ans de développement. Mais grâce à sa monnaie en surévaluation, les rentiers locaux ont la belle vie. Encore une fois, il n'y a pas de bonne ou de mauvaise politique, il y a juste des choix qui sont faits et qui vont dans tel ou tel intérêt. Clairement, le choix de la Grèce est un choix de rentier comme en France. Peu importe que le pays soit plus pauvre, plus inégalitaire et globalement moins vivable tant que les intérêts de ceux qui dirigent sont gagnants.

(...) la vraie rupture entre les pays qui ont une politique monétaire propre, et ceux qui ont la monnaie unique, c'est que le taux de pauvreté n'a augmenté que chez les seconds. C'est-à-dire que là où la variable d'ajustement se fait sur la monnaie et la dévaluation, la pauvreté recule. Lorsque l'on ne peut pas dévaluer et faire augmenter l'inflation, la pauvreté et le chômage augmentent. (...) 

On voit très bien la baisse des salaires en Grèce. Or comme on l'a vu, la Grèce n'a pas de meilleur résultat que l'Islande par exemple, c'est même l'inverse. L'Islande n'a pas baissé ses salaires, mais sa monnaie. Les effets ont été plus forts sur la reprise et en plus il n'y a pas eu d'augmentation des inégalités contrairement à la Grèce. C'est donc bien un choix entre deux solutions, l'une favorable au travail, aux salariés, l'autre favorable à la rente et à la finance.

L'économie grecque n'est pas en bonne santé. Le pays connaît un appauvrissement majeur pour une partie croissante de sa population, tout ça pour éviter l'inflation et la dévaluation. Il ne s'agit pas de savoir ici s'il s'agit d'une bonne politique ou pas, mais bien de montrer quels intérêts se cachent derrière la façade la bonne gouvernance et de la gestion libérale. L'UE et l'euro sont les outils idéologiques et pratiques qui permettent la mise en oeuvre de ces politiques. C'est bien parce que la gauche pseudo-alternative aime l'euro qu’elle se permet de faire boire ce cocktail empoisonné mélangeant politique de l'offre et rigueur salariale suicidaire. La Grèce pourrait sortir de l'euro et dévaluer. Elle pourrait mettre en place une politique de réindustrialisation, un protectionnisme, etc.. Mais pour cela encore faut-il rompre avec la religion européenne. En attendant la Grèce meure à petit feu, elle fait de moins en moins d'enfants et fait partir sa jeunesse ou la paupérise. Leurs ancêtres se sont-ils battus pendant des siècles contre l'Empire ottoman pour mourir à nouveau tel Byzance en étant absorbé cette fois par un empire barbare peuplé de tyrans en costumes trois pièces? Jean Claude Juncker sera-t-il le Mehmet II de la Grèce moderne ? (...)

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dimanche 6 août 2017

GM&S : le tribunal de commerce de Poitiers statuera sur l'offre de reprise de GMD le 4 septembre

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GM&S : le tribunal de commerce de Poitiers statuera sur l'offre de reprise de GMD le 4 septembre

https://francais.rt.com/economie/41555-gms-tribunal-commerce-poitiers-statuera-4-septembre

 

Le tribunal de commerce de Poitiers qui examinait l'unique offre de reprise de l'équipementier automobile creusois GM&S, en liquidation depuis le 30 juin, statuera sur l'offre de reprise de l'emboutisseur GMD le 4 septembre.

Dans son jugement rendu public vers 18h, le 31 juilllet, le tribunal «décide de rouvrir les débats dans son audience [...] du 4 septembre 2017 à 10h aux fins de statuer sur l'offre de reprise partielle de la société GM&S Industry France par la société GMD après avoir recueilli notamment l'avis des institutions représentatives du personnel». Parallèlement, le tribunal de commerce prolonge l'activité de l'usine de La Souterraine (Creuse) jusqu'au 18 septembre à minuit.

A l'issue de l'audience, l'avocat de salariés, Me Jean-Louis Borie, a expliqué devant la presse que «le tribunal n'a fait que constater qu'il disposait maintenant d'une offre de reprise ferme, valide jusqu'au 20 septembre».

«On s'oriente vers une reprise par GMD», numéro un français de l'emboutissage dont l'offre prévoit le maintien de seulement 120 salariés sur 277, a ajouté l'avocat.

«Les trois prochaines semaines, pour nous, ça va être les vacances», a pour sa part déclaré Jean-Marc Ducourtioux, élu CGT. Et d'ajouter que les ouvriers vont pouvoir partir en vacances sans avoir à recevoir une lettre de licenciement.

Mais les syndicats martèlent que l'usine ne peut pas tourner avec seulement 120 salariés. Et bien conscients de l'enjeu social pour le début de quinquennat d'Emmanuel Macron, ils sont déterminés à négocier jusqu'au bout pour en sauver davantage. «Il est hors de question de se laisser dépouiller», a prévenu le secrétaire du CE Yann Augras (CGT), en insistant sur «l'indemnisation des blessés», les ouvriers qui ne seraient pas repris par GMD.

A Bercy, on estime que l'offre ferme de GMD est une bonne nouvelle pour la pérennité du site et le rétablissement d’une activité compétitive à la Souterraine. Le ministre de l'Economie Bruno Le Maire appelle ainsi les salariés à considérer favorablement cette offre. Il assure que le gouvernement et les collectivités locales se mobiliseront pleinement pour mettre en place un dispositif exemplaire d’accompagnement des salariés non repris.

Casse-tête social, industriel et territorial

Pour maintenir la pression, les salariés du deuxième employeur privé de la Creuse avaient une nouvelle fois pris la route lundi 31 juillet depuis La Souterraine pour venir manifester à Poitiers.

Le PDG de GMD, Alain Martineau, avait demandé la semaine dernière au tribunal un court délai pour s'assurer de l'adhésion des salariés à son projet. Après une rencontre avec ces derniers à l'usine de La Souterraine le 27 juillet, Alain Martineau a finalement levé cette dernière condition.

Les autres exigences du repreneur, après des semaines d'âpres négociations sous la supervision de Bercy, avaient aussi trouvé réponse: des garanties de commandes de PSA et Renault (les principaux clients de GM&S) à hauteur de 22 millions d'euros annuels sur cinq ans, 15 millions d'investissements partagés entre l'Etat et les deux constructeurs automobiles, et, enfin, une solution pour le foncier-immobilier, Alain Martineau proposant de racheter les locaux de l'usine pour un million d'euros.

GMD (Groupe Mécanique Découpage), spécialisé dans l'emboutissage, la plasturgie, la fonderie et l'étanchéité, compte 3.750 collaborateurs répartis sur 29 sites en France, en Europe de l'Est, eu Maghreb et en Asie. Son chiffre d'affaires 2016 s'établissait à 750 millions d'euros, selon son PDG.

GM&S et ses 277 emplois génère environ 800 emplois indirects en Creuse, selon les élus locaux de ce département parmi les plus désindustrialisés de France.

L'entreprise était à l'origine en 1963 un atelier familial de fabrication de jouets en métal, dont des trottinettes. L'usine de sous-traitance mécanique a compté jusqu'à 600 salariés en 1990. 

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Pour mettre fin à la désindustrialisation de la France et de la Creuse, il faut sortir de l'Union européenne et de l'euro!

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Névrose libérale

PROJET REFLEXION

 

Avoir raison avec Ayn Rand

Par Xavier de La Porte

 Avoir 20 ans et lire AYN RAND, 5° épisode d'une série sur France Culture consacrée à cette égérie du mouvement libertarien, défenseur du capitalisme le plus libéral, anti- raciste et “anti- religieuse”, inspiratrice de la « sillicon valley »...

Sur France Culture un matin de juillet, je tombe sur une interview de deux étudiants. L'un, Christophe, coordinateur national du mouvement « students for liberty », en français européen dans le texte, sorti de Science Po, comme il se doit, et l'autre, Mathilde, qui étudie la philosophie à « Normal'sup », et la « communication » à la Sorbonne (cherhez l'erreur). Son assoc' à elle, « women for liberty », est une sorte de filliale de la première.

 Un scoop, ces mouvements viennent des Etats- Unis. En France, c'est un réseau d'associations de type « loi 1901 ». qui travaillent à diffuser les idées libérales (c'est vrai que ça manquait), pardon, libérale- libertariennes!

L'idée centrale, pour lui, Christophe, c'est que l'Etat, par essence coercitif, doit s'occuper le moins possible des individus et de la vie économique. Jusque là, c'est normal pour un libéral. « Pour moi, le libéralisme, c'est pas économique, c'est une vision du droit et des institutions ». Chacun voit midi à sa porte. Il est venu au libéralisme par la lecture d'Ayn Rand. Avant, ça lui faisait peur...

« Je suis arrivé au libéralisme par des principes philosophiques et moraux ». Et de faire référence à un personnage de « La source vive », un des romans les plus connus de Rand, un jeune homme qui vit pour lui- même et « du coup » est plus respectueux des autres. (!) Il « déploit sa créativité, sa rationalité, et ne cherche pas à l'imposer aux autres (...) il ne dépend pas non plus des autres et cherche à développer (...) des « contrats » avec les autres. (...) Les individus, avec d'autres individus, forment des communautés par contrat ». Personnage archétypal du libéralisme pour ce jeune produit de Science Po qui reconnaît qu'il avait « plus ou moins cette conception- là ». A la naissance, probablement. Et de surenchérir: « je me suis toujours intéressé à la politique, que ce soit la droite (le côté « ordre moral » de la droite), ou le côté libertaire, dit altruiste de la gauche.

Mais en fait, les deux (droite- gauche) sont selon lui « dirigistes »: ils considèrent tous, quelles que soient leurs intentions, que tout le monde doit suivre le même chemin, éducatif par exemple, un système centralisé, alors que « pour faire de la sécurité sociale, on peut avoir des mutuelles, des coopératives ouvrières... ». Mathilde, elle, était déjà libérale avant de militer, mais elle était encore sceptique à l'égard de « ces pensées- là », c'est en lisant Ayn Rand que ça a été une confirmation:

« la pensée politique ou philosophique m'intéressait moins que la vie politique ou morale », dit- elle. C'est ce qui lui a donné envie d'être ce “type de personne”. Un individu libre et responsable.

Pourtant, elle ne se dit pas “objectiviste” comme Ayn Rand. “En France, vous avez des figures féministes à gauche, vous n'avez pas de féminisme de droite”. Pour Ayn Rand, selon elle, la femme est un individu rationnel avant d'être une femme. “Si elle veut rester au foyer, elle y reste, si elle veut travailler et qu'elle a de l'ambition, elle travaille...”

 

On en vient au côté relationnel chez Ayn Rand, “la plupart des relations commencent par une sorte de viol”, ça, Mathilde, ça la dérange. Notamment que des femmes acceptent d'être des objets pour les hommes. Mais finalement, comme elles le font volontairement, “c'est l'acte le plus libre qu'elles puissent faire”. Comme dit le journaliste, “c'est compliqué comme pensée”...

L'avilissement, à partir du moment où il est “volontairement consenti”(sic), relève d'une liberté affirmée”.

Notre Mathilde reconnaît que quand elle lit des passages sur ce sujet, elle est passablement dérangée mais pas pour les raisons que vous croyez: “c'est parce que [cette réaction] est spontanée, alors que c'est rationnel”. On change un peu de sujet, dommage. Le journaliste souligne qu'il y a d'autres sujets “compliqués” chez Rand, “difficiles à admettre”. Pour Christophe, ça ne le dérange pas du tout, il ne se sent pas “randien”, ni “objectiviste”.

 Ce qui l'intéresse, c'est le consentement, la question de la coercition. Les personnages choisissent leur vie, “ça ne me regarde pas”. C'est la souveraineté de l'individu sur lui- même, dont il veut tirer un “fil conducteur institutionnel”. On peut abandonner l'obtention d'un diplôme par choix de non- conformisme et valider ses compétences par d'autres moyens. Un tel personnage, qui “vit par lui- même, qui prend son risque et qu'il assume va quand même trouver des gens par contrat avec qui il pourra évoluer”. Vous avez en face le 1° de la classe qui fait tout “bien comme il faut” et qui sera diplômé, qui n'a pas la créativité du premier personnage. Celui- là va “s'avilir” à faire ce que le client demande, et il perdra finalement toute notion de responsabilité et “d'estime de lui- même”, alors que soit- disant il est altruiste et qu'il joue le jeu du collectif... Il ne vit pas pour lui et donc il est incapable de considérer l'autre avec respect.

Question, “le monde est- il encore rétif à Rand?”. Pour Mathilde, “on est encore très minoritaires, le monde est encore assez hostile à ce genre de pensée”. Pour Christophe, en France, c'est culturel, c'est lié à notre modèle politique et institutionnel. De toute façon, il s'en moque, c'est un choix individuel. Mathilde a bien compris que l'hostilité à la pensée de Ayn Rand “vient de la morale”, mais en réalité celle- ci, selon elle, “retourne la morale:

L'égoïsme, c'est le plus grand altruisme possible”.

 Si vous êtes un individu égoïste, rationnel et responsable, vous allez pouvoir respecter l'autre, pouvoir vous donner à l'autre de manière contractuelle ou de manière amoureuse ou peu importe, de manière saine en fait: (...) vous ne créez aucune interdépendance quelle qu'elle soit. Ce qui va relever de la charité ou de la bienveillance va être un acte totalement gratuit.

 Le journaliste souligne qu'Ayn Rand elle- même pouvait être “prisonnière de ses affects”, mais nos jeunes pensent comme elle que “l'homme peut parvenir à ces idéaux”. Le fait qu'elle ait eu recours à la sécurité sociale américaine à la fin de sa vie, en prenant le nom de son mari pour bénéficier des aides démontre “qu'elle n'était pas contre la charité, pourvu que ce soit volontaire”.

Plus loin, Mathilde nous explique comment Ayn Rand a influencé sa vie professionnelle et même amoureuse. Pas de dépendance affective. Est-ce encore de l'amour? Réponse, “c'est complexe”.

A la question “c'est quoi votre monde idéal?”, Christophe répond “j'en ai pas”. “Je ne suis pas un constructiviste”.

On finit sur Macron, qui pour Christophe n'est pas libéral, même s'il “ a l'air un peu moins dirigiste”.

Ce n'est pas parce qu'on veut faire de l'Etat une start- up qu'on n'est pas socialiste”

 Mathilde, elle a voté “rationnellement”, évidemment, elle a listé les mesures les plus libérales parmi les candidats et a fait un “choix par défaut”.

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Pour ceux qui s'intéressent à cette pensée “complexe”, le lien est ici:

"Avoir raison avec Ayn Rand" est un défi, tant cette écrivaine et théoricienne de l’égoïsme rationnel, bouleverse nos schémas politiques. En partenariat avec Philosophie Magazine.

https://www.franceculture.fr/emissions/avoir-raison-avec-ayn-rand

Pour rendre justice au mouvement libertarien dans son ensemble, il faut à mon avis comparer l'oeuvre d'Ayn Rand à d'autres auteurs de la même école, et reconnaître qu'elle- même avait conscience de la difficulté d'application de sa théorie. L'émission du 27 juillet (dans la même série) me parait de ce point de vue plus intéressante, pour ceux qui veulent creuser le sujet.

P.G.

 

 

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samedi 5 août 2017

Jacques Attali : "Je rêve d'une société sans retraite"

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Jacques Attali : "Je rêve d'une société sans retraite"

Par franceinfo – France Télévisions

Mis à jour le 04/04/2015 | 09:18 – publié le 04/04/2015 | 09:07

"Je rêve d'une société où il n'y aurait pas de retraite, où travailler serait naturel..." Economiste, écrivain et conseiller d'Etat, Jacques Attali donnait sa vision du temps et de l'organisation du travail au sein de notre société, dans une interview accordée au Monde magazine, vendredi 3 avril 2015.

A 71 ans, l'homme qui a conseillé l'ancien président de la République François Mitterrand, et a été chargé d'une mission sur les freins à la croissance par Nicolas Sarkozy, puis sur l'économie positive par François Hollande, estime que "la réduction du temps de travail est un échec de la société industrielle".

"Une lutte pour la libération du temps"

"On ne devrait avoir que du travail créatif. Je crois vraiment que tout ce qui se joue aujourd'hui est une lutte pour la libération du temps", poursuit Jacques Attali. Il dit ne jamais s'ennuyer, et reconnaît qu'il n'a jamais "souffert de la contrainte". "Être son propre patron permet de maîtriser son propre temps, c'est confortable", juge-t-il.

"Je crois vraiment que le critère d'une bonne société, c'est la part de bon temps choisi que chacun peut avoir, résume-t-il. Une bonne société est une société où l'on préfère le lundi matin au vendredi soir, autrement c'est une société aliénée."

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Voilà typiquement le type de propagande qu'Orwell avait révélée, faire passer l'esclavage pour de la liberté. La guerre, c'est la paix. La régression sociale, c'est le progrès et la liberté!

P.G.

1984-de-Orwell

david citation

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mercredi 2 août 2017

Pénicaud défend les salaires des dirigeants d'entreprise

PENICAUD TRANSGENRE

 

Pénicaud défend les salaires des dirigeants d'entreprise

https://fr.reuters.com/article/topNews/idFRKBN1AG1HB-OFRTP

PARIS (Reuters) - La ministre du Travail, Muriel Pénicaud, en proie à une polémique au sujet d'une plus-value réalisée lorsqu'elle était aux commandes des ressources humaines chez Danone, a défendu lundi la rémunération des dirigeants qui "prennent des risques" et créent "de la valeur économique".

Le quotidien communiste L'Humanité a révélé jeudi dernier que la ministre avait réalisé une plus-value boursière de plus d'un million d'euros en 2013 lors de la vente de stocks options Danone alors qu'elle était directrice des ressources humaines du groupe agroalimentaire.

L'entreprise était à ce moment-là en pleine phase de restructuration, ce qui avait fait bondir le cours de l'action.

"Comme pour tout les dirigeants d'entreprise, ma rémunération, dans tous ces éléments, a été et sera déclarée, contrôlée, par toutes les instances nécessaires", a dit Muriel Pénicaud devant la commission des Affaires sociales de l'Assemblée, où elle devait rendre compte de la concertation avec les partenaires sociaux sur la réforme du Code du travail.

Pour la ministre, ce débat touche à des notions plus larges qu'une simple plus-value. "Je pense que les rémunérations des dirigeants font l'objet d'un débat de société en France (...). Comme tout débat de société, il est légitime", a-t-elle ajouté.

"Il est important de se dire que les entrepreneurs, les dirigeants, les personnes qui prennent des risques, qui vont créer de la valeur économique, et donc la possibilité d'emploi, c'est normal que, sans excès, ils gagnent de l'argent, qu'ils aient le retour de leurs investissements et de leur responsabilité."

Selon la déclaration d'intérêts publiée jeudi par la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP), la ministre a touché un total de 4,74 millions d'euros net de 2012 à 2014 lorsqu'elle faisait partie du groupe Danone.

Le secrétaire général de Force Ouvrière, Jean-Claude Mailly, et son homologue de la CFDT, Laurent Berger, avaient tous deux vendredi profité de cette polémique pour relancer la question de la rémunération des dirigeants en France.

Le gouvernement a soutenu Muriel Pénicaud.

"Je trouve toujours un peu choquant les sommes qui sont en jeu", avait dit Laurent Berger sur Europe 1.

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samedi 29 juillet 2017

Le modèle allemand

JOBS ALLEMAGNE

 

Le modèle allemand

http://fr.euronews.com/2017/07/26/travailleurs-pauvres-en-allemagne

Berlin. Une longue file d’attente devant une agence pour l’emploi nous surprend. L‘économie allemande est florissante et le taux de chômage bas, alors pourquoi autant de monde ? La réponse est simple. La plupart de ces gens ont déjà un travail mais ce sont des travailleurs pauvres. Ils postulent donc aux aides sociales en complément de leurs modestes salaires. Leur vie professionnelle est faite d’emplois précaires et mal payés, de temps partiels, même s’ils ont souvent une bonne formation.

Et il n’y a pas que le nombre de travailleurs pauvres qui augmente en Allemagne. Le nombre de retraités pauvres, augmente lui aussi. C’est le cas de Monika. Qualifiée pour être directrice des ventes elle n’a jamais signé de contrat à temps plein. “Ils ne veulent pas payer. Je suis trop chère. Ils préfèrent embaucher du personnel qui n’est pas qualifié à 8.50 euros de l’heure. Pour m’embaucher, ils devraient payer davantage”, explique-t-elle.

Partons maintenant à Halle. Après la réunification, l’Allemagne a dû créer des emplois alors que les employeurs se plaignaient du coût élevé de la main d’oeuvre… Elle devait aussi rester compétitive.
Alors, en 2003, elle a lancé une réforme radicale du marché du travail avec comme mots d’ordre libéralisation et flexibilité. Cela signifiait moins d’argent pour les gens sans emploi, feu vert aux agences de travail temporaire. Conséquence : le secteur le moins bien payé s’est développé, le chômage a baissé mais la pauvreté relative a augmenté.

Notre journaliste a rencontré Rolf Maurer : un artisan, très qualifié qui sait tout faire. Il trouve ses clients sur internet. Son modèle économique : la flexibilité totale.
“Je dois vivre avec le risque de ne jamais savoir quand je travaille ni quelle sera ma mission le lendemain ou le jour d’après. En plus de ça, il y a le risque que les clients ne me paient pas. Ça m’est déjà arrivé”, explique-t-il.

Pour ce qui est des tarifs, la chambre des métiers lui recommande de se faire payer au moins 35 euros de l’heure. “Mais ces dernières années, je demande bien moins, habituellement autour de 15 ou 10 euros”, raconte-t-il.

Payer le loyer de son petit appartement est la première dépense de Rolf Maurer; acheter du matériel professionnel pour faire du bon travail, la deuxième. Impossible dans ce contexte de mettre de côté pour sa retraite.

Quand il était jeune il a eu un emploi fixe dans une fonderie puis l’usine a fermé. Ont alors suivi des années de chômage et des contrats à courte durée. Sans espoir de retrouver un temps plein Rolf Maurer s’est tourné vers l’agence pour l’emploi qui le considère trop âgé. Pour ne pas être au chômage, il a monté son affaire.

“A mon âge ce n’est pas drôle d‘être obligé de travailler à mon compte. Quand on atteint un certain âge, c’est mieux d’avoir un emploi normal, durable. A 60 ans vous n‘êtes plus vraiment disposé à partir de rien pour lancer un business”, ajoute Rolf Maurer.

Maurer n’‘envisage pas s’arrêter de travailler bientôt. Sa situation confirme une tendance actuelle : le nombre d’Allemands qui continuent à travailler tard a doublé ces dix dernières années. De 5 à 11% pour des actifs entre 65 et 74 ans. La plupart d’entre eux le font pour compléter de petites retraites et vivre décemment. C’est une nécessité. Pas un choix.

“En ce qui concerne les heures de travail, je m’adapte aux souhaits du client. S’il veut que je travaille le week-end, je le fais. S’il veut que je travaille le soir, je le fais. Je suis totalement flexible pour satisfaire mon client”.

A Berlin, certains syndicalistes surnomment la ville, “capitale de l’emploi précaire et des travailleurs pauvres”. C’est le cas de Dierk Hirschel, économiste en chef de l’un des plus importants syndicats des métiers du service, ver.di.

“En Allemagne le problème c’est qu’un travailleur sur 5 gagne moins de 10 euros par heure; il est donc considéré comme un travailleur pauvre. C’est le résultat de la destruction des règles du marché du travail. L’Allemagne est un pays riche, il n’y a pas de doute là-dessus. Mais l’Allemagne est aussi un pays divisé socialement. Dans ce pays riche, les travailleurs pauvres existent, des gens qui travaillent 40 ou 50 heure par semaine mais qui ne gagnent pas leur vie en travaillant”, explique-t-il.

Le problème concerne l’industrie du bâtiment, l’hôtellerie, la restauration, la vente au détail et le secteur du service en général, mais aussi des métiers qui nécéssitent des années de formations : Adriana et Jan enseignent dans des écoles publiques de musique à Berlin. Aujourd’hui, ils ont rendez-vous avec leur ami Tilman, vidéo-blogueur.

Jan est marié, il a deux enfants. Il lutte pour mettre de l’argent de côté pour sa retraite.
Adriana enseigne la musique depuis plus de 20 ans. Elle prendra sa retraite en 2033. Elle raconte le choc qu’elle a eu en recevant la lettre de son organisme de retraite.

“Personne ne me croit quand j’en parle. Donc je vous la montre. Je vais toucher une retraite mensuelle de 351 euros et 82 cents. Je paie déjà 400 euros pour mon appartement… ma retraite ne me permettra même pas de payer mon loyer”, raconte Adriana Balboa, professeure de musique à Berlin.

“351 euros? Ce n’est rien! C’est la conséquence des contrats freelance, du fait d‘être obligé de facturer chaque heure ou de ne pas être payé pendant les vacances, de ne pas avoir de revenu stable. Ce système nous pénalise. Mais que peut-on faire ?”, s’interroge son ami Tilman Shulze, professeur de musique également.

“Un accord de travail commun pour le personnel des écoles de musique est à l‘étude. Il est question de salaire décent, d’arrêter les contrats freelance pour chaque heure, de poursuivre le versement du salaire en cas de maladie. Aujourd’hui, si vous tombez malade, vous risquez vite de ne plus avoir d’argent et quand une femme accouche, elle ne devrait pas perdre son travail en même temps”, ajoute leur ami Jan Hoppenstedt.

“Ici à Berlin, un très petit nombre d’emplois sont stables : c’est la pire situation de toute l’Allemagne. 93% des travailleurs sont en freelance et seulement 7% ont un emploi fxe”, explique Adriana Balboa.

Berlin a décidé de placer 20% des professeurs de musique sous contrats permanents. Un chiffre insuffisant pour les trois amis. Tilman a écrit une chanson pour protester : “Notre paie est juste assez pour acheter un kebab” déplore-t-il.

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Le FMI alerte sur la hausse du risque de pauvreté en Allemagne

Selon le Fonds, qui prône une « croissance inclusive », Berlin dispose de marges de manœuvre financières pour agir en faveur des travailleurs pauvres.

 A qui profite l’insolente prospérité allemande ? Comment doivent se répartir les fruits de la croissance d’un pays dont la plupart des indicateurs économiques sont au vert ?

Ces questions, actuellement âprement discutées au sein des partis politiques du pays, devraient prendre encore plus d’importance avec la publication du rapport annuel du Fonds monétaire international (FMI), lundi 15 mai. Ce dernier s’inquiète de la « lente augmentation générale du risque de pauvreté » outre-Rhin en dépit d’une solide croissance et d’un taux de chômage historiquement faible.

« Malgré un filet de sécurité sociale bien développé et une forte progression de l’emploi, le risque de pauvreté relative [en Allemagne] demande une attention continue », écrit le FMI au neuvième point de son rapport.


Si l’inégalité de revenus disponibles (mesurée par le coefficient de Gini) est restée relativement stable durant la dernière décennie et demeure proche de la moyenne européenne, le risque de pauvreté a progressé, soulignent les auteurs du document.

Ce risque se définit par la part de la population concernée par au moins une des trois caractéristiques suivantes : un revenu situé au-dessous du seuil de pauvreté ; une situation de privation matérielle ; un très faible taux d’activité des personnes du foyer en âge de travailler.

La question divise

 Selon les derniers chiffres disponibles publiés par l’institut de statistiques Destatis, 20,1 % de la population allemande était, en 2015, menacée par le risque de pauvreté ou d’exclusion sociale, ce qui représente 16,1 millions de personnes. Ainsi, 13,4 millions de personnes (soit 16,7 % de la population) sont notamment concernées par la pauvreté monétaire : il s’agit de travailleurs dont le revenu est inférieur à 60 % du salaire médian ; en d’autres termes, ce sont des actifs pauvres qui ne profitent que très faiblement de la prospérité du pays.


En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/economie/article/2017/05/16/le-fmi-alerte-sur-la-hausse-du-risque-de-pauvrete-en-allemagne_5128170_3234.html#gAmo5Dr8etoUZKjk.99

 

Affaire Pénicaud: l'analyse de François Asselineau

PENICAUD-2

 

UNE NOUVELLE « AFFAIRE PÉNICAUD » == L’actuelle ministre du Travail a gagné une fortune en 2013, comme DRH de Danone, pour avoir contribué à faire des licenciements massifs dans un groupe florissant.

 

https://www.upr.fr/actualite/nouvelle-affaire-penicaud-lactuelle-ministre-travail-avait-gagne-fortune-2013-drh-de-danone-contribuer-a-faire-licenciements-massifs-groupe-florissant

Muriel Pénicaud, ex DRH de Danone, a été ambassadrice déléguée aux investissements internationaux puis directrice générale de Business France avant de devenir ministre du Travail sous Macron.

La ministre du Travail Muriel Pénicaud – toujours embourbée dans l’affaire du financement public illégal, car sans appel d’offres, d’une soirée à Las Vegas pour Emmanuel Macron en 2016 – a désormais un nouveau problème sur les bras, et cela au moment où le gouvernement d’Emmanuel Macron s’apprête à réformer le code du Travail par ordonnances.

Le site en ligne de L’Humanité vient en effet de révéler, ce jeudi 27 juillet 2017, que Muriel Pénicaud, a réalisé en 2013, lorsqu’elle était l’une des dirigeantes du groupe Danone, une plus-value très juteuse de 1,13 million d’euros sur la revente de ses stock-options. Et pour quelle raisons ? Parce qu’elle a profité de la flambée en Bourse qui avait… suivi l’annonce de 900 suppressions d’emplois du groupe en Europe, dont 230 en  France.

Directrice générale des ressources humaines du géant de l’agroalimentaire entre 2008 et 2013, la ministre avait profité en avril 2009, en pleine crise financière, d’un prix d’achat historiquement bas de ces stock-options réservées aux cadres dirigeants (l’action valait alors 34,85 euros l’unité). Lorsqu’elle a décidé fin avril 2013 de vendre 52 220 de ses stock-options (à l’expiration du délai de garde de quatre ans imposé par Danone), l’action atteignait 58,41 euros.

Si l’opération n’a rien d’illégal, sa chronologie et son contexte sont en revanche très choquants.

En effet, environ deux mois avant que Muriel Pénicaud ne vende ses stock-options, le 19 février 2013, la direction du groupe avait annoncé la suppression de près de 900 postes managériaux et administratifs, en dépit des résultats financiers records du géant de l’alimentaire !

Or cette décision n’avait pas pu être prise sans l’expertise et l’aval de la DRH, c’est-à-dire de Muriel Pénicaud elle-même…

Et c’est cette annonce – très bien accueillie sur les marchés boursiers parce qu’elle signifiait une hausse du profit des actionnaires – qui avait fait monter en flèche l’action du groupe Danone.

 

En conclusion :

  • Muriel Pénicaud, en tant que DRH du groupe Danone, a contribué à la prise d’une décision de licenciements massifs alors que le groupe était financièrement florissant, 
  • cette décision a eu pour conséquence de plonger 900 familles en Europe, dont 230 en France, dans le chômage, les soucis financiers et la peur du lendemain,
  • mais cette décision a aussi eu pour effet de faire la fortune de Muriel Pénicaud, qui a empoché en quelques jours l’équivalent de 80 années payées au SMIC.

Cette révélation sur le passé très récent de la ministre du Travail intervient au moment où elle défend devant les parlementaires l’idée que faciliter les licenciements serait en définitive… bénéfique à l’emploi et donc aux salariés !

Décidément, les nuages s’accumulent de jour en jour sur la présidence Macron.

FA
27 juillet 2017

 

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dimanche 16 juillet 2017

Transhumanisme en Marche

DEBAT TRANSHUMANISME

Débat M Onfray et L Ferry face à A Finkielkraut sur le transhumanisme

https://www.youtube.com/watch?v=z51J5ffG7FI

Ils remettent ça un an après! L'accélération de certaines innovations pose la question centrale du Politique: la régulation. Là, on ne peut qu'être d'accord!!! Mais pour Luc Ferry, la question de la “régulation nationale” n'a plus aucun sens (ce qui ne l'empêche pas de se contredire un peu plus tard, voir plus bas). Nous voilà rassurés sur nos capacités à contrer le transhumanisme. A moins d'un gouvernement mondial?

Soyons positifs,la vision terrifiante de Michel Onfray sur notre avenir probable, logique avec sa conception de la décadence des civilisations, peut aussi nous aider dans nos convictions de résistance, pour peu qu'on mesure les enjeux...

Une formule à retenir: l'ubérisation de la société, c'est le libéralisme augmenté!

Un passage politique intéressant de mon point de vue: Luc Ferry se dit libéral en économie et républicain en politique, et même gaulliste, lui qui a approuvé l'euro et le triomphe du marché, la mondialisation et ses dérégulations. Il trouve soudain des vertus à la régulation et au rôle de l'Etat tout en en trouvant aussi à l'ubérisation de la société. Mais il faut faire attention à la “marchandisation du monde”! Onfray le place devant ses contradictions. Au final, Ferry est d'accord avec tout le monde, un peu comme Macron...

Michel Onfray, Faut-il avoir peur du monde qui vient avec Luc Ferry et Alain Finkelkraut 04/06 2016

https://www.youtube.com/watch?v=zQv2ah05Jo0

Luc Ferry: allons nous vivre 300 ans avec le transhumanisme ?

https://www.youtube.com/watch?v=Gk6r9rQ6Ki8

Pour ceux qui veulent mieux comprendre cette pensée “complexe”, à la fois pour et contre le transhumanisme, l'eugénisme, la marchandisation du monde, la mondialisation, la régulation... Quelques formules hautement philosophiques à méditer: “on ne pourra pas tout interdire, la régulation va être très difficile” , “un eugénisme qui corrige”, “quelques siècles de plus ça m'arrangerait” ( Dieu nous en préserve) etc. Et de s'extasier sur les souris transgéniques. Natacha essaie de le pousser dans ses retranchements, lui parle de liens entre l'économie et le transhumanisme, de la vertu grecque de “juste mesure”, de “science sans conscience”...Notre philosophe reste imperturbable.

P.G.