dimanche 8 avril 2018

Les Palestiniens ne cesseront jamais d’exiger la justice

TRIBUNE LIBRE / Par Basem Naim, à Gaza - ancien ministre de la Santé et conseiller du Premier ministre palestinien sur les relations internationales.

TL PALESTINE WALL

Depuis trop longtemps, l'Occident applaudit au spectacle de la répression de dizaines de milliers de manifestants sans armes, qui ne font que réclamer la justice, par une force impitoyable lourdement armée.

Aujourd'hui, des centaines de milliers de manifestants pacifiques ont marché, sans armes, vers la frontière imposée par Israël à la bande de Gaza assiégée. Ils n’ont pas pu l’approcher car, d’une distance de plusieurs centaines de mètres, des tireurs d'élite israéliens leur ont tiré dessus, faisant dix morts et des centaines de blessés parmi les Palestiniens.

Ce n'est pas du cinéma. C'est Gaza. C'est la Palestine.

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Cela fait plus de soixante-dix ans que nous, Palestiniens, essayons par tous les moyens possibles et imaginables d'obtenir les droits que nous garantit normalement le droit international et humanitaire.

Au cours de ces décennies, des dizaines de Résolutions ont été adoptées par un large éventail d'organismes internationaux, d'associations et d'ONG en faveur de nos droits fondamentaux à la liberté, à l'autodétermination et au retour dans les maisons dont nous avons été expulsés par la force en 1948.

Contredisant le mythe romantique de la création de l’Etat hébreu, des dizaines d'historiens et de journalistes respectables, y compris des Israéliens comme Ilan Pappe et Gideon Levy, ont prouvé que l'attaque sioniste coordonnée de 1948 contre des centaines de villages palestiniens ancestraux était bien le début d'un projet réfléchi de nettoyage ethnique qui se poursuit sans relâche jusqu’à aujourd'hui.

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Prétendre que près d'un million de Palestiniens ont volontairement quitté leurs maisons, leurs écoles, leurs mosquées et leurs églises en 1948 n’a pas plus de sens que d’affirmer que la terre est plate. La fuite massive et désespérée des Palestiniens devant l'assaut paramilitaire sur nos communautés ancestrales est une réalité que personne ne peut honnêtement contester.

Malgré la quasi-unanimité des juristes internationaux à propos de notre cause, la communauté mondiale n'a pas pu ou n'a pas voulu rendre justice au peuple palestinien qui vit dans des bantoustans entourés de murs dans son propre pays, ou a été contraint de fuir dans la diaspora et de devenir des réfugiés apatrides éparpillés dans le monde entier.

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Et pendant toutes ces décennies, les États occidentaux ont ouvertement adopté des politiques qui non seulement favorisent et protègent Israël, mais lui donnent les moyens de poursuivre son occupation illégale des territoires palestiniens.

Aucun État n'a davantage contribué à cette injustice historique que les États-Unis. Non satisfaits d’octroyer plus de 250 milliards de dollars d'aide gouvernementale directe à Israël, les États-Unis ont utilisé leur droit de veto plus de 70 fois au Conseil de sécurité pour empêcher l'adoption de Résolutions condamnant les politiques israéliennes.

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Dans le soutien financier sans précédent des États-Unis à Israël, il y a des dizaines de milliards de dollars d'aide et d'équipement militaires qui donnent à Israël les moyens de piétiner les droits et les aspirations légitimes de millions de Palestiniens et de semer la mort et la destruction dans nos communautés. Des dizaines de milliers de personnes ont perdu la vie, beaucoup d'autres ont été blessées ou mutilées et plus encore ont été mises en prison pendant toutes ces années, dans un système de "justice" militaire qui prive les Palestiniens de la moindre justice.

Récemment, pour punir toujours plus les Palestiniens de manifester une volonté politique, l'administration américaine a coupé plus de 360 millions de dollars d'aide sur sa part annuelle de 1,2 milliard de dollars à l'Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA). Ce programme d’aide internationale fournit des prestations en matière de santé, d'éducation et d'alimentation à quelque 5 millions de réfugiés palestiniens dans le monde, ce qui représente environ 40 % de la population totale de 11,5 millions de Palestiniens à l'intérieur et à l'extérieur de la Palestine.

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Au cours des 25 dernières années, les Palestiniens ont vainement essayé, en toute bonne foi, de réaliser leurs aspirations légitimes en participant à un processus de négociation long, complexe, et contre-productif.

En raison du déséquilibre fondamental du rapport de force sur le terrain et d'un immuable parti pris international pro-israélien, Israël a utilisé cette " négociation " comme couverture de son programme d'annexion illégale des terres palestiniennes en Cisjordanie.

Non content d'inonder la Cisjordanie de centaines de milliers de "colons" illégaux, Israël a poursuivi son attaque systématique contre les droits fondamentaux des Palestiniens dans tous les territoires occupés, y compris Gaza.

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Quel a donc été le résultat de ce blocage unilatéral israélien de 25 ans ? Nous avons assisté, comme on pouvait s'y attendre, au sabotage de toutes les opportunités réelles de stabilité et/ou de désescalade de la violence et la propagation de la violence dans toute la région, n’est-ce pas ?

Le blocage du processus avait pour objectif d’annihiler tout espoir de liberté, tout espoir d'un État indépendant et d'un retour dans les foyers dont ils nous avaient chassés au cours de toutes ces nombreuses années, n’est-ce pas ? Et qu'en est-il de la vie quotidienne des Palestiniens sous occupation, que ce soit en Cisjordanie divisée en cantons contrôlés, ou dans la bande de Gaza assiégée ? Les deux territoires ont été transformés en l’enfer insupportable que tout le monde voit et que nous, nous vivons. Meurtre, emprisonnement, siège, saisie de terres, démolition de maisons, misère, chômage, privation de soins médicaux et interdiction de voyages, voilà le lot quotidien de millions de Palestiniens.

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Comme les autres peuples du monde, les Palestiniens aiment la vie, leur communauté et leur famille, et tout ce que nous voulons, c’est que nos enfants aient un meilleur avenir que nous. Cependant, il semble que notre aspiration collective et légitime soit inacceptable pour beaucoup de pays du monde qui font tout au plus semblant de s’intéresser à nous, mais sans jamais rien faire, pendant que l'Occupation et l'injustice se perpétuent au vu et au su de tous.

Peu de nations, semble-t-il, ressentent le besoin de s’opposer à l'agression israélienne et à son occupation qui violent pourtant toutes les normes de la décence et du droit international de quelque point de vue que l’on se place.

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Après avoir étudié nos différentes options, et forts de notre droit légitime de résister, nous, Palestiniens de Gaza, nous avons décidé d’organiser des marches pacifiques aux abords des clôtures de ségrégation qui nous interdisent la moindre velléité d'autodétermination. Nous exigeons la fin de l'occupation, la fin du siège de Gaza, et la reconnaissance du droit des Palestiniens à revenir chez eux conformément à la résolution 194 de l'ONU, publiée en décembre 1948.

Ces événements commencent aujourd'hui pour coïncider avec l'anniversaire de la "Journée de la Terre", au cours de laquelle six Palestiniens ont été tués en 1976, alors qu'ils défendaient leur terre saisie par les autorités israéliennes dans la région de Galilée.

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Dans la tradition de la résistance passive, nos activités seront pacifiques et se poursuivront aux abords de la frontière jusqu'au 15 mai, date du 70e anniversaire de la "Nakba", au cours de laquelle plus d'un million de Palestiniens ont été expulsés de leurs foyers.

Tous les Palestiniens de notre patrie et de la diaspora, y compris les hommes, les femmes et les enfants, participeront à ces marches et aux manifestations qui revendiquent toutes la justice, la liberté, et le droit de vivre. Nos activités seront supervisées par un comité national qui représente toutes les forces et les factions palestiniennes ainsi que la société civile, les personnalités et les sympathisants palestiniens.

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Le Comité a diffusé de nombreuses publications et instructions à l'intention des participants aux marches, qui soulignent le caractère pacifique de ce mouvement particulier et la nécessité d'éviter la violence et les provocations d'Israël qui ont pour objectif l’escalade la violence. Le Comité a également désigné divers représentants sur le terrain pour superviser nos efforts collectifs et veiller à ce que notre message soit répandu par des moyens puissants et pacifiques.

Nous nous attendons à ce que, quoique nous fassions, Israël se livre à des provocations pendant nos manifestations, et nous ferons tout ce que nous pouvons pour que leurs efforts pour mettre le feu restent sans réponse.

Aujourd'hui, une fois de plus, nos pires craintes se sont malheureusement matérialisées quand Israël s’est mis à tirer des centaines de balles réelles et de grenades lacrymogènes à la vue des manifestants pacifiques, armés de leur voix et de leur autodétermination.

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Israël a longtemps craint, et tenter de contrecarrer de son mieux, tous les efforts déployés par les Palestiniens pour révéler au monde la réalité de l'occupation et du siège de Gaza qui prouvent la fausseté de la prétention israélienne d'être le seul État démocratique de la région : un État qui respecterait et protègerait les droits de l'homme et honorerait le droit fondamental à la liberté d'expression.

Contre ce mantra se dresse la pratique quotidienne des forces d'occupation qui montre une réalité complètement différente . . . une réalité pétrie de racisme, de violence et de violations systématiques des droits de l'homme.

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Récemment, l'arrestation et la détention d'Ahed Tamimi, aujourd'hui âgée de 17 ans, en Cisjordanie, parce qu'elle avait giflé un soldat israélien lourdement armé qui s'était introduit chez elle, n'est qu'une des centaines d'événements qui montrent ce qu’est la vie et la mort en Palestine. Il n'y a pas si longtemps, Ibraheem Abu Thuraya en fauteuil roulant a été tué par un tireur d'élite israélien pour avoir simplement brandi un drapeau palestinien, à la frontière de Gaza, devant les soldats israéliens qui contrôlent qui peut entrer ou sortir de la demeure assiégée d'environ deux millions de personnes.

Compte tenu d'une longue histoire bien documentée des violences de l'Occupation, les Palestiniens craignent avec raison que, malgré la nature pacifique de ces marches, Israël ne s'en serve comme prétexte pour tuer et blesser encore plus de nos concitoyens.  Dans le passé, les forces d'occupation n'ont jamais tardé à provoquer des manifestations non violentes pour les faire dégénérer en affrontements violents au cours desquels nos communautés et nos enfants ont payé le prix fort pour avoir essayé de faire entendre leurs voix.

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L'attaque israélienne d'aujourd'hui contre notre peuple pacifique prouve, une fois de plus, que l'histoire se répète et qu’elle permet souvent de prévoir ce qui va arriver.

Néanmoins, nous ne laisserons pas décourager par les agressions israéliennes, car nous exerçons notre droit fondamental de résister à l’oppression et de manifester pour garantir à nos enfants un avenir meilleur, un avenir empreint de justice et d’égalité.

Basem Naim, qui réside à Gaza, est l'ancien ministre de la Santé et conseiller du Premier ministre palestinien sur les relations internationales.

https://www.levilainpetitcanard.be/articles/ailleurs/les-palestiniens-ne-cesseront-jamais-dexiger-la-justice_184899094

samedi 7 avril 2018

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https://www.les-crises.fr/miscellanees-du-06-04/

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dimanche 1 avril 2018

Pâques catholique et Pâque juive, des racines communes

Elles ont presque la même orthographe mais ne signifient pas tout à fait la même chose.

Les Pâques juives et chrétiennes sont célébrées à la même date en 2018. Zoom sur deux fêtes qui présentent des racines communes.

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Cette année, catholiques et juifs fêteront Pâque(s) en même temps : le dimanche 1er avril pour les premiers, et du vendredi 30 mars au samedi 7 avril pour les seconds.

L’an dernier déjà, les deux calendriers se superposaient. Cette année, le vendredi saint tombe le même jour que le début des festivités juives qui commencent le jour du sabbat, soit dès le vendredi soir. Une première depuis 2012.

Mêmes dates, même nom à une lettre près, la célébration de Pâque(s) pour ces deux communautés religieuses a de nombreux points communs… mais aussi quelques différences. Pour comprendre pourquoi ces deux fêtes se sont mutuellement influencées, rapportons-nous à leur étymologie et à leur histoire.

D’après le CNRTL*, Pâque(s) est d’abord orthographié au singulier. Une particularité qui tient à l’origine de la fête juive : la Pâque se dit aussi « Pessah » en Hébreu, qui signifie le « passage », en référence à un épisode de l’Ancien Testament dans lequel le peuple Hébreu d’Égypte traverse la mer Rouge sous la conduite de Moïse.

Près de 600 000 familles étaient alors sous le joug du Pharaon qui ne voulait pas les libérer. Pour protéger les Hébreux, Moïse reçoit des instructions divines : avant le départ, chaque famille doit tuer un agneau, en recueillir le sang et l’appliquer aux portes de sa maison. Pessah commémore la libération historique du peuple juif de l’esclavage et rappelle à chacun de s’ouvrir au monde.

 

Pour Pâques, calendriers catholique, orthodoxe et juif se superposent

La fête pascale catholique trouve son appui dans la fête pascale juive

Dans les Évangiles, l’apôtre saint Paul reprend l’image de l’agneau comme symbole de Pâques, écrit cette fois avec un « s ». Pour les catholiques, l’animal devient une représentation du Christ qui versa son sang pour le salut de l’Homme. La mort de Jésus le Vendredi Saint est directement associée à l’immolation des agneaux de la Pâque à Jérusalem.

De manière plus générale, pour les chrétiens, Pâques marque la fin du Carême et du jeûne de 40 jours et la résurrection du Christ.

Pour le père Jean Massonnet, prêtre au diocèse de Lyon et spécialiste des relations entre judaïsme et christianisme, la parenté de ces deux fêtes ne fait pas de doute : « La fête pascale catholique trouve son appui dans la fête pascale juive. Pour les premiers disciples, Jésus est en quelque sorte l’agneau pascal dont le sang a protégé les Hébreux dans le désert. Le sang c’est la vie, c’est la vie donnée », explique-t-il.

De même, le terme « Pessah » est pour lui symbolique : « Il suggère le passage de la mort à la vie, qui s’inscrit sur le passage de l’esclavage à la liberté dans l’exode juif. Pour les chrétiens, Jésus va accomplir toute l’espérance juive dans sa personne, jusqu’à la rédemption définitive ».

Finalement, constate-t-il, « c’est Jésus qui nous sépare de la religion juive mais en même temps, c’est aussi lui qui nous y ramène. »

Plusieurs orthographes à travers l’histoire

À travers l’histoire, la graphie alternera entre pluriel et singulier mais ce n’est qu’après le XVe siècle que la distinction sémantique naît entre Pasque (la fête juive) et Pasques (la fête chrétienne). Les deux orthographes actuelles apparaissent seulement à partir du XVIIIe siècle.

Les deux fêtes suivent chacune un calendrier précis. La Pâque juive commence le 14 nissan, soit le mois des épis et le jour de la première nouvelle lune après l’équinoxe de printemps.

Le jour de Pâques chez les chrétiens a aussi un lien avec la saison des beaux jours. Il a, en effet, été fixé lors du concile de Nicée, en 325, le premier dimanche suivant la pleine lune de l’équinoxe de printemps. Ainsi, les dates du calendrier grégorien sont comprises entre le 22 mars et le 25 avril.

La Pentecôte aussi fêtée dans les deux religions

Dans chacune des religions, la célébration de Pâque(s) suit un rituel précis, souvent en famille. Les juifs se retrouvent dès la veille au soir pour lire la Haggada, livre qui retrace l’exil des Hébreux, et l’on boit quatre coupes de vin lors des passages importants du récit.

Les chrétiens entament les célébrations dès le jeudi saint en souvenir de la Cène, puis le lendemain le vendredi saint rappelle la crucifixion et la mort de Jésus. Le samedi soir est un jour de silence et de recueillement, avant la veillée pascale. Enfin, le dimanche de Pâques commémore la Résurrection du Christ.

Cette ressemblance dans les célébrations doit se poursuivre jusqu’à la Pentecôte, aboutissement de la période pascale. « La Pâques ne se comprend pas sans la Pentecôte qui est l’accomplissement de la fête de Pâques chez les juifs. Les catholiques se concentrent d’avantage sur la résurrection du Christ et oublient parfois le pendant qui est le don de la parole au peuple dans la Pentecôte », souligne le père Jean Massonnet.

 

 

Clotilde Costil
https://www.la-croix.com/Religion/Paques-catholique-et-Paque-juive-des-racines-communes-2018

*Créé en 2005 par le CNRS, le CNRTL fédère au sein d’un portail unique, un ensemble de ressources linguistiques informatisées et d’outils de traitement de la langue.
Le CNRTL intègre le recensement, la documentation (métadonnées), la normalisation, l’archivage, l’enrichissement et la diffusion des ressources.

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Une interprétation qui ne fera peut- être pas l'unanimité...En tous cas, bonne fête aux croyants !      P.G.

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mardi 27 mars 2018

« Le sacrifice du matin »

TRIBUNE LIBRE / par Charles Sannat | 26 Mar 2018

TL ARNAUD BELTRAME HOMMAGE

Ce qui domine, c’est évidemment l’émotion.
Ce qui reste, c’est la beauté d’un geste et la décision d’un homme.
Ce qui reste, c’est l’histoire, la grande et la petite.

Ce qu’a fait le colonel Beltrame n’est pas uniquement un acte héroïque, c’est bien plus que cela.

C’est un sacrifice.

Le sacrifice du matin.

Cette expression n’est pas de moi. C’est le titre de l’ouvrage écrit par Pierre Guillain de Bénouville, l’un des plus grands résistants pendant la dernière guerre mondiale aux côtés d’un Henri Frenay ou d’un Jean Moulin.

« Ce livre héroïque est la symphonie de la Résistance. » Ce jugement de François Mauriac définit ce livre exceptionnel, dont rien n’a terni l’éclat…

Que dit-il ? En substance, que  » la résistance fut, en vérité pour chacun de ceux qui y participèrent, le matin d’une nouvelle vie et les résistants ne demandent pas autre chose à ceux qui ne furent pas avec eux dans l’action que d’unir au sacrifice du matin le sacrifice du soir ».

Se sacrifier pour les autres, se sacrifier par amour, par engagement, pour les autres, pour le pays pour des idées qui nous dépassent.

Ce sacrifice permet de poser quelques réflexions.

D’un côté, un homme qui se sacrifie pour en sauver d’autres (qu’il ne connaît pas), de l’autre, un homme qui, lui, tue aveuglément. Ceux qui ne voient pas la différence entre ces deux actes, entre les deux hommes, ne verront jamais rien.

Les deux vont mourir, l’un en sauvant, l’autre en tuant. Ceux qui pensent que tout se vaut, que tout est « égal », que tout est pareil, ne penseront jamais convenablement.

Tout ne se vaut pas. Cruel contraste.

D’un côté, un homme qui s’engage au nom d’une transcendance que l’on peut nommer croyance catholique, ou France, ou Patrie, bien commun, service du public, des gens, de ses concitoyens.

De l’autre, une classe politique inepte. Vendue. Massivement corrompue, inféodée à des pouvoirs supranationaux et qui vendent consciencieusement les intérêts supérieurs de notre pays et donc de son peuple (dans toute sa diversité).

Terrible différence entre « eux » et « lui ».

D’un côté, des féministes et autres bien-pensants qui hurlent au « machisme » à l’égalitarisme dégoulinant « homme-femme », à la « modernité » de la « pâââritééé » qu’il convient de dire en bêlant tant il est impossible de déroger à cette mode sans risquer tous les qualificatifs les plus odieux, alors qu’il n’en est rien. Homme et femme ne seront jamais identiques, et cette différence est fondamentale. Père et mère, aussi importants et complémentaire, mais surtout le véritable amour pour une femme c’est d’accepter parfois… Le sacrifice, celui où l’on dit « les femmes et les enfants d’abord », parce que tout ne se vaut pas, que les femmes et les enfants sont notre part d’éternité. Au moment des choix, au moment où soufflent les vents, certains choisissent de prendre la place d’une femme otage. La vie d’un homme vaut moins que celle d’une femme.

Il n’y a pas d’égalité (sauf celle de droit bien évidemment).

Les féministes refusent aux hommes ce qu’il y a de plus beau, à savoir d’accepter volontairement de se sacrifier par amour pour elles.

Terrible paradoxe

Le méchant était fiché « S », quelle honte me direz-vous, c’est l’échec des services de renseignements, encore un autre terroriste connu des services de police et de gendarmerie. Vous pouvez le voir comme cela. En réalité, si nous inversons le raisonnement, nous nous rendrons compte que tous ceux qui commettent un acte terroriste sont fichés S. Cela veut dire que le travail qui a été fait par notre renseignement est d’une immense qualité. Nous avons parfaitement su identifier ceux qui peuvent s’avérer potentiellement dangereux.

C’est très rassurant. Les estimations vont de 10 à 20 000 fichés S. Le problème n’est ni le renseignement, ni le fichage. Le problème c’est l’action politique qui en découle. Que veut-on faire de ces renseignements ? Manifestement pas grand-chose. Nous attendons, enfin pas nous, « eux », c’est les petits sans grandeur qui nous dirigent. Ils attendent, ils ne prennent aucune décision.
D’un côté, un homme doté d’un exceptionnel pouvoir de décision et de conviction. De l’autre, des nains hésitants.

Terrible contraste encore.

D’un côté, un homme à la foi inébranlable dans sa religion catholique et dans son pays, de l’autre des nihilistes sans foi ni loi – et je ne parle pas du terroriste qui a bien une foi – mais de nos dirigeants qui nous dirigent vers les abîmes pour tous.

Terrible contraste entre la force de ceux qui croient et la puissance de la transcendance de certaines idées et le nihilisme consumériste de nos masses décérébrées.

Le sacrifice de cet officier, dans la plus pure tradition de la grandeur de la France, renvoie à ce que sont tous les autres, c’est à dire pas grand-chose.

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Terriblement dérangeant de voir ainsi pointées, par l’exemplarité des actes d’un homme, nos bassesses et lâchetés quotidiennes.

Peut-être que le colonel Beltrame ne le savait pas, mais en s’offrant en sacrifice pour notre pays, pour chacune et chacun de nous, sans rien attendre, il nous a montré d’une manière éclatante, éblouissante, la différence entre être un Homme et donner des leçons de bien-pensance sur le petit écran, à la radio, ou dans la presse écrite. Il nous montre aussi la nécessaire humilité dont il faut savoir faire preuve sur les grands sujets.

Il nous a montré, par sa grandeur, la petitesse de ceux qui aujourd’hui sont aux commandes de notre pays et ne manqueront pas de parader devant son cercueil.

C’est eux (et ceux qui les ont précédés en « responsabilités ») qui ont rendu nécessaire le sacrifice de cet homme qui n’a pas failli quand il a fallu choisir.

C’est eux qui ont rendu possible le Bataclan, Nice, et toutes les tueries qui endeuillent que trop régulièrement notre pays, et celles à venir, hélas, déjà prévisibles.

Enfin, il est également important de dire que nous avons à faire face à une guerre idéologique. À cette guerre idéologique qui repose sur l’idéologie de l’islam radical, nous ne pouvons pas qu’opposer les armes, la prison, ou la répression évidemment indispensable. Comme dans toute guerre idéologique, nous devons gagner les âmes et les cœurs. À une idéologie aussi forte, il faut opposer une pensée toute aussi forte.

Il est évident que les imbéciles qui pensent que la « laïcité » ou le « consumérisme » sont suffisants se trompent terriblement.

Le colonel Beltrame, lui, a su opposer sa croyance à une autre idéologie mortifère en montrant l’évidente supériorité du sacrifice par amour, à la tuerie par la haine.

Son sacrifice est un acte retentissant.

Nous passerons des heures sombres, mais je ne doute pas que partout en France, le geste de cet officier saura inspirer les « gueux » que nous sommes et qui sauvons les nations par rapport aux « riches » qui les vendent.

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Il a fait le sacrifice du matin, à nous tous de nous unir à lui dans le sacrifice du soir, pour que demain, un autre jour se lève sur la France, plus pacifié que la veille.

Au colonel Beltrame. La Patrie reconnaissante et la population aussi.

Charles SANNAT

https://insolentiae.com/le-sacrifice-du-matin-ledito-de-charles-sannat/

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lundi 26 mars 2018

Lucie Aubrac, héroïne de la Résistance

L'une des dernières grandes figures de la Résistance est morte mercredi 14 mars dans la région parisienne à l'âge de 94 ans. Elle avait été un élément clé du mouvement Libération à Lyon et joué un rôle majeur dans l'évasion de son mari lors d'un transfert, après son arrestation avec Jean Moulin et d'autres chefs de la Résistance.

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L'une des dernières grandes figures de la Résistance, Lucie Aubrac, est morte mercredi 14 mars dans la région parisienne à l'âge de 94 ans. Sa vie, marquée par un engagement de tous les jours, et plus précisément durant les années noires de l'Occupation, aura définitivement fait d'elle une incarnation du courage et de la capacité à se révolter. Son action en 1943 à Lyon, alors capitale de la Résistance, a été portée à l'écran en 1997 par Claude Berri dans Lucie Aubrac, jouée par Carole Bouquet. Un film qui restitue bien l'arrestation à Caluire des dirigeants de la Résistance – dont Jean Moulin et Raymond Aubrac, le mari de Lucie –, mais donne peu de renseignements sur la biographie de cette femme de tête née le 29 juin 1912 dans une famille de vignerons mâconnais modestes.

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Lucie Bernard, son nom de jeune fille, n'avait pourtant pas attendu les heures sombres pour prendre conscience de la montée des fascismes en Europe. Excellente élève, passionnée d'histoire, elle devient professeur agrégée dans les années 1930. Dès cette époque, elle est spontanément, naturellement une militante. Inscrite aux Jeunesses communistes, son engagement est total.

Lorsque la guerre éclate, elle est en poste à Strasbourg. Elle vit avec un jeune ingénieur des ponts et chaussées issu de la bourgeoisie juive, Raymond Samuel. Ce dernier a fait une partie de ses études aux Etats-Unis, pays qu'il apprécie tout en restant très proche des analyses marxistes. Ils se marient le 14 décembre 1939 alors que la France s'est installée dans la drôle de guerre.

A l'heure de la défaite de juin 1940, quand Raymond Samuel se retrouve prisonnier de l'armée allemande, Lucie parvient une première fois à le libérer de la prison de Sarrebourg (Moselle), en août, profitant d'une confusion générale. Tous deux gagnent alors Lyon.

Le régime de Vichy s'est installé, la collaboration s'impose violemment et le premier statut contre les juifs est adopté. Le couple, qui dispose de deux visas, pourrait partir aux Etats-Unis. Ce serait la sagesse : ils sont fichés comme communistes et il est juif. Ils refusent ce confort, non par défi mais par patriotisme. Par esprit de résistance.

Ils seront parmi les premiers en France à constituer un réseau d'entraide solide, à rédiger des tracts et à les distribuer. A l'automne 1940, Lucie Samuel rencontre Emmanuel d'Astier de la Vigerie, fondateur du réseau clandestin Libération. Ils décident de lancer ensemble un journal. C'est durant ces rencontres que Lucie et Raymond Samuel deviennent insensiblement des clandestins. Elle est professeur et mère de famille; elle est aussi complètement impliquée dans la vie du mouvement Libération.

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En 1941, tous leurs efforts sont tournés vers la rédaction et l'impression du journal, arme de propagande. En 1942, ils cherchent à élargir leur réseau et à trouver des armes, de l'argent, des caches. Le tout avec un mélange d'improvisation et d'organisation. De sang-froid et de fièvre.

Pour tout le monde, ils s'appellent Lucie et Raymond Samuel. Ils donnent le change. Leurs voisins ne se doutent de rien. Elle part chaque jour donner ses cours au lycée de jeunes filles Edgard Quinet; lui travaille assidûment. Mais en réalité, les contacts rapides, les rendez-vous clandestins se multiplient. Sous le nom de François Vallet, Raymond Samuel est arrêté le 15 mars 1943 alors qu'il va rencontrer un camarade, Maurice Kriegel Valrimont, alias Maurice Fouquet, dans un appartement de Lyon. Dans le même coup de filet, une vingtaine de personnes sont arrêtées. La police française ne parvient pas à percer la véritable identité de Raymond Samuel. Il explique qu'il se livre au marché noir (achat et revente illégaux de sucre). Le juge signe une ordonnance de libération le 10 mai 1943.

Mais ce qu'ignore Raymond Samuel à ce moment-là, c'est le rôle de sa femme. Lucie s'est rendue en personne chez le procureur pour lui tenir ce langage : "Je représente ici l'autorité du général de Gaulle, qui est le chef de Vallet. Si demain, au palais de justice, vous ne signez pas favorablement sa mise en liberté, si le 14 au matin Vallet n'est pas libre, vous ne verrez pas le soleil se coucher le 14 au soir." Une dizaine de jours plus tard, le mouvement Libération, avec un commando intégrant Lucie et Raymond, libérera plusieurs autres résistants de ce groupe : Kriegel Valrimont, Serge Ravanel et François Morin, en se faisant passer pour des agents de la Gestapo. A chaque fois, Lucie Aubrac manifeste un courage et un esprit de décision exemplaires.

"Il faut savoir être fou", disait-elle. Il lui arrivait aussi d'ajouter : "Sans les femmes, la Résistance ne pouvait rien faire." Elle en était un élément de preuve. La Résistance pouvait en tout cas prendre les couleurs d'un "grand jeu enfantin et mortel", selon la formule de d'Astier de la Vigerie.

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Lors de l'arrestation de Caluire, près de Lyon, le 21 juin 1943, quand Jean Moulin, chef de la Résistance fut arrêté avec sept autres dirigeants dont Raymond Aubrac, l'aspect mortel l'emporta. Mais encore une fois, Lucie parvient, après quatre mois de patience, à faire libérer son mari au cœur de Lyon.

Le couple vit alors de cache en cache, recherché, traqué. Lucie Aubrac parvient, grâce à ses contacts, à gagner Londres le 8 février 1944 avec son petit garçon. Elle accouche d'une petite fille quelques jours plus tard. Son combat aurait pu s'arrêter là. Mais Lucie Aubrac participa à la Libération et siégera à l'Assemblée consultative. Par la suite, elle ne cessa jamais de militer, d'enseigner, de faire la pédagogie de ce que furent l'ignominie de la collaboration et la fraternité de la Résistance. De sa voix forte, avec une détermination inoxydable, elle racontait, expliquait. Devenue militante d'Amnesty international, prenant cause pour les sans papiers, elle résumait son credo d'une phrase : "Le mot résister doit toujours se conjuguer au présent."

http://www.lemonde.fr/disparitions/article/2007/03/15/lucie-aubrac-heroine-de-la-resistance-est-morte_883263_3382.html#PuRHEVBQI57VoxgM.99

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vendredi 23 mars 2018

Disparition probable du quotidien La Marseillaise : un cas d’école ?

TRIBUNE LIBRE / OJIM

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Les difficultés de la presse communiste deviennent un marronnier. L’Humanité ne vit que sous perfusion. Le quotidien La Marseillaise va de redressement judiciaire en redressement judiciaire et pourrait (?) un jour tomber dans l’escarcelle de Jean-Luc Mélenchon. Nous publions une analyse de fond sur ce dernier journal avec un ton un peu différent, plus personnel, celui d’un témoin qui a été aussi un acteur proche.

Un passé brillant

« Fondé le 9 décembre 1943, le journal est né de la volonté du Front national – région sud (réseau de résistance communiste, à ne pas confondre avec l’actuel parti !), de se doter d’un organe de presse. Clandestin, il paraîtra d’abord mensuellement, puis en 1944, et au fur et à mesure de l’avance des armées alliées, chaque semaine, et enfin, quotidiennement dans les jours qui précèdent la libération de Marseille » (Wikipedia).

Ce quotidien marseillais qui a connu ses heures de gloire accompagnant celles du PCF se meurt depuis de nombreuses années, et en arrive à présent au bout du bout, si l’on en juge par ces chiffres de mars 2018, dont FR3 Provence s’est fait l’écho : 8 millions de dettes – 2 mois de sursis avant liquidation – 40 licenciements immédiats dont 16 journalistes. Or, déjà en novembre 2014, « La Marseillaise a déposé le bilan au tribunal de commerce de Marseille, dans le but de permettre une procédure de mise en redressement judiciaire“. En novembre 2016, La Marseillaise dépose encore le bilan « et dit espérer un placement en redressement judiciaire ».

On peut donc considérer que, faute d’un lectorat suffisant, ce quotidien bien connu des Marseillais (et pas plus mal fait que La Provence -originellement « socialiste » à la mode Defferre), dont le siège est un magnifique immeuble XVIIIe siècle sur le très central Cours d’Estienne d’Orves, un espace jadis voué à l’arsenal des galères, n’a plus guère d’avenir. Il a en tout cas un passé brillant comme nombre de quotidiens d’opinion qui ont fait la fierté de la vie démocratique en France par leurs querelles et débats de fond, à présent un lointain souvenir.

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La Marseillaise enracinée dans la Résistance

Le lendemain de la Libération, le 24 août 1944, « paraît le premier numéro légal de La Marseillaise. Les rédacteurs du journal, tous membres du FN CR, rédigeront ce premier numéro depuis les locaux du Petit Marseillais, journal collaborationniste, saisis, (…) Par la suite, François Billoux, député communiste des Bouches-du-Rhône en sera son directeur politique » (François Billoux, stalinien pur jus, notons-le). Le journal a donc longtemps été un organe de presse communiste. Ses journalistes étaient des « permanents » du PCF, et, à ce titre, touchaient de maigres salaires si l’on se réfère à la grille des salaires définie par la « convention collective des journalistes », ce qui était leur contribution volontaire au travail militant qui structurait alors l’action du Parti communiste français et lui permettait d’entretenir plusieurs titres de presse en France (tous ont disparu). Il va de soi que la rigueur était essentiellement supportée par les sans grade, les chefs et autres cadres « de haut niveau » se réservant le droit de vivre sur ce qui apparaissait alors comme un « grand pied » (voitures de fonction, primes, avantages en nature en tout genre.) La supposée volonté révolutionnaire s’arrêtait apparemment aux salaires des militants, ceux des dirigeants restant, aussi loin que l’on se souvienne, un secret bien gardé ou en tout cas peu partagé.

Mais dans un contexte aujourd’hui largement oublié, le feu du combat politique faisait passer bien des choses, et la fête annuelle du journal à Gémenos (commune verdoyante proche d’Aubagne) a longtemps drainé des foules considérables. Le quotidien a été distribué « dans les Bouches-du-Rhône, les Alpes-de-Haute-Provence, le Var, le Vaucluse, le Gard et fait paraître une édition héraultaise sous le titre “L’Hérault du jour” ». La Marseillaise a pesé sur la vie politique régionale. Difficile aujourd’hui de savoir si cette diffusion ambitieuse est toujours d’actualité, du fait par exemple de la diminution du nombre de journalistes, phénomène qui ne date pas d’aujourd’hui.

Le siège du journal, un centre d’animation et de résistance politique

La vie de La Marseillaise était scandée par l’actualité politique nationale et internationale à l’ombre de la Guerre froide et du grand frère soviétique. Depuis un balcon du 1er étage, on y égrainait les résultats électoraux pour les scrutins d’importance devant une foule compacte. Chacun savait qu’en fonction des scores dans tel bureau de vote, la tendance prédominante du scrutin, au moins à Marseille, pouvait être prévue sans grand risque.

Le PCF et donc La Marseillaise étaient opposés à la « guerre d’Indochine », ce qui a conduit dans les années cinquante des parachutistes et des légionnaires de passage pour embarquement sur le Pasteur (paquebot transformé en transport de troupes), à tenter de donner l’assaut contre le journal, lequel était pour l’occasion devenu une forteresse protégée par des ouvriers et des dockers. La violence de ces affrontements en ville (il y eut mort d’hommes) scandaliserait aujourd’hui.

On ne saurait évoquer La Marseillaise sans l’associer au tissu industriel alors bien fourni de la cité phocéenne dont les quartiers Nord abritaient une nombreuse population ouvrière, qui majoritairement lisait… La Marseillaise. A cette époque, la prospérité et le tirage (important) de la presse communiste étaient les reflets de la puissance des idées et de l’influence du PCF. L’effondrement ultérieur du parti entrainant celui de sa presse.

« Mitterandisme » et disparition de la presse d’opinion

Cette presse d’opinion était la règle. A Marseille se côtoyaient sur le fameux Cours d’Estienne d’Orves La Marseillaise et Le Méridional, propriété du très droitier armateur Freyssinet (anti communiste compulsif), dans les vastes locaux (partagés pour l’occasion) de feu Le Petit Marseillais interdit à la Libération pour cause de collaboration, tandis qu’à deux pas, rue Francis Davso, gîtaient Le Provençal et Le Soir de Gaston Defferre en lieu et place du Petit Provençal, également fermé à la Libération pour cause de collaboration.

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Mais les temps changeaient. Les usines disparaissaient peu à peu, et avec elles les ouvriers et les électeurs communistes. La Marseillaise s’est adaptée tant bien que mal à l’union de la gauche (qui allait conduire François Mitterrand au pouvoir) tandis que Le Provençal, migrait vers le Canet en investissant un siège flambant neuf construit sur le site d’une huilerie disparue, site qui allait accueillir aussi la rédaction du Méridional, (racheté par Gaston Defferre en 1997) pour former, avec le Provençal, La Provence, aujourd’hui propriété de Bernard Tapie (fusion malheureuse en terme de diffusion).

Pour ce qui est de La Marseillaise, « En 1997, sa ligne éditoriale s’est ouverte à ” toutes les composantes du mouvement social”. Il reste un journal indépendant des puissances financières dans un paysage médiatique en pleine recomposition, où ses concurrents sont au cœur de fusions et de rapprochements de grands groupes de presse régionale (comme le Groupe Hersant Média, longtemps propriétaire de La Provence en région PACA ou le Groupe Sud-Ouest en Languedoc-Roussillon avec le Midi libre). Il est assez clair que l’épisode Robert Hue à la tête du PCF n’a pas aidé à clarifier une ligne politique et idéologique susceptible de séduire des citoyens de moins en moins tentés par « le communisme ». Et « toutes les composantes du mouvement social », cela signifiait très concrètement quoi ? Le PS ne devait pas être loin ! On connaît la suite du cursus de Robert Hue.

Une indépendance relative ?

Comme ce fut le cas généralement dans la presse écrite française, la régie publicitaire de La Marseillaise a pris une importance croissante dans la vie du journal, non sans un certain brio, au gré des difficultés financières qui s’accumulaient. Et devant l’effondrement du PCF et des ventes, il a bien fallu trouver des ersatz pour maintenir à flot le journal, qui, dans l’esprit de ses dirigeants et des (maigres) troupes PC, représente encore de toute évidence un symbole vital si l’on en juge par certains reportages de FR3 Provence en ce début 2018.

Le journal a ainsi organisé annuellement, chaque premier week-end de juillet, « le plus grand concours de pétanque du monde, le Mondial la Marseillaise à pétanque. Près de 12 000 joueurs y participaient chaque année ». « … Cette épreuve a été créée en 1962 sur une idée originale du journal La Marseillaise et de Paul Ricard ». Aura-t-il lieu cette année ? Sur le site internet du quotidien, on en annonce la tenue en 2018.

Des liens ont été tissés entre Inter Provence Publicité (régie publicitaire de La Marseillaise) et Eurosud (régie publicitaire du Provençal) au moment de l’Union de la gauche, et nombre de journalistes de La Marseillaise sont alors passés au Provençal pour leur plus grand profit salarial.

Mais, La Provence elle-même ne brillant plus guère, il faut tenter de savoir pourquoi ces grosses machines à informer, ou à désinformer, autrefois si puissantes, s’étiolent, en province comme à Paris, à une ou deux exceptions près.

A travers l’exemple de La Marseillaise, tenter de comprendre un naufrage global

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Les médias écrits, au moins nationaux, sont tenus à bout de bras par l’État et ses aides à la presse, fussent-ils la propriété d’oligarques richissimes. Mais leur diffusion baisse avec une régularité impressionnante. M. Charles Gave, célèbre et brillant éditorialiste libéral, attribue notamment cet échec à l’incompétence des directions concernées. Cette explication paraît courte.

La Marseillaise a été un porte parole, une voix régionale pour le PCF, et a apparemment suivi le parti dans sa chute. Autrement dit, tant que le journal représentait une idéologie pertinente pour beaucoup, il a trouvé ses lecteurs, qui cherchaient donc dans ses colonnes des arguments susceptibles de conforter leur propre idéologie et d’illustrer en conséquence leur vision du monde. La Marseillaise a sans doute été un instrument performant au service d’une idéologie elle-même performante en termes politiques à l’époque concernée.

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Le Provençal, journal de Gaston Defferre, était l’expression d’une ambition régionale, puis nationale de type social démocrate, et prospérait sur la très forte personnalité de son créateur, grand baron local dont Marseille subit encore l’ombre portée ne serait-ce qu’à travers M. Gaudin, qui a fait ses débuts en politique avec M. Defferre, précisément avant l’union de la gauche. Le Méridional, voix d’une droite affirmée (Algérie française comprise), maintenait sa position. Sa disparition dans le ventre mou de La Provence a fait perdre au groupe de presse la partie de l’électorat qui ne se retrouvait plus dans le centrisme social libéral qu’a développé La Provence. On doit donc en déduire (Euréka!) que les lecteurs ne sont pas captifs.

Trois enseignements

Premier enseignement, si l’on prend en compte que nombre de dirigeants de La Marseillaise avaient un passé modeste, souvent ouvrier, et que leur formation intellectuelle était essentiellement le fait des « écoles de section » voire au mieux de l’ « école centrale » du PCF, que beaucoup étaient autodidactes, on doit admettre que leurs résultats ne sont pas fondamentalement pires que ceux de leurs alter ego issus des grandes écoles de la République. Sans les aides publiques, où en seraient Le Monde, Libération et d’autres ? Ne parlons pas évidemment de l’Humanité, journal rescapé d’une épopée, qui un temps a fait vigoureusement front à « la presse bourgeoise ». Sic transit gloria.

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Deuxième enseignement, plausible, les journaux sont lus quand ils véhiculent des idées claires et un regard en phase avec les interrogations ou les craintes des citoyens. Or, ces deux conditions exigent un niveau, une conscience, une probité intellectuelle forts, la presse étant à la fois un produit économique, on s’en rend bien compte, mais surtout intellectuel : ce qui se conçoit bien s’énonce clairement dit-on, et l’on pourrait ajouter que ce qui se cache sournoisement, à savoir des présupposés idéologiques non avouables, ne peut pas déboucher sur un discours audible et crédible. On appelle cela l’exigence de la déontologie. Présenter, expliciter, défendre des idées et une vision, cela seul de toute évidence intéresse sur le long terme les citoyens, par exemple quand le pluralisme de l’information garantit la liberté de conscience. Nous sommes loin du compte. Les journalistes sont en effet un peu les « prêtres » du temps présent. Malheur à ceux qui vendent leur voix et leurs écrits, et qui le font avec superbe et cynisme. C’est apparemment le cas trop souvent en ces temps du « tout fric ».

Troisième constat lié au précédent : considérer un journal comme un business, à savoir comme un outil de formatage des esprits, est une folie qui tue le business. Avec le recul, nul doute que dans le cadre médiatique, seule une information rigoureuse, fût-elle même partielle voire parfois partiale, retient l’attention. Une information muselée ou biaisée cesse d’être une information.

Moralité ?

Un journal qui perd massivement ses lecteurs ne répond plus aux conditions qui ont produit son apparition. Il ne rend donc plus le « service public d’information » que l’on attendait de lui.

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Par hypothèse, quel service La Marseillaise pourrait-il rendre aujourd’hui aux citoyens ? Né dans une métropole industrielle, le voici qui meurt dans une cité appauvrie et tertiarisée. Sorti du combat de la Résistance, il n’a pas su, comme tant d’autres titres, prendre en compte les changements de mentalités nés des trente Glorieuses. Soumis (lui aussi) à une technocratie autiste, il a subi les évolutions politiques économiques sociales et sociétales sans pouvoir de manière autonome tenter de s’adapter. Était-ce par ailleurs possible ?

Ne lui jetons pas la pierre. France Soir n’a pas résisté, et ni le premier Libération (celui de D’Astier de la Vigerie) ni le second (July première manière et la suite) en voie d’extinction assez remarquable, ne peuvent servir de contre exemple. Il faudrait visiter l’hôpital et le cimetière des quotidiens et autres journaux en soins palliatifs ou disparus au champ d’honneur ou du déshonneur de la bataille pour l’ « information » pour prendre la mesure du désastre. Risquons donc que la presse qui prétend tenir un discours performatif et autoritaire a aujourd’hui peu de chance de perdurer.

La crise de la presse ? Sans doute la crise du discours shampouiné de la presse actuelle, qui a fini par croire que son existence ne dépend pas des lecteurs mais de l’autorité « naturelle » de ses journalistes et de la doxa de l’heure, dictée par les oligarchies toutes puissantes qui la possèdent (médias privés) ou qui l’influencent (médias publics). Plus bien sûr, à la louche, la crise de l’Éducation Nationale et de l’éducation, le poids de la télé et l’abrutissement qui va souvent avec.

Une bonne information, un privilège pour des privilégiés qui ont le temps et l’envie de multiplier les sources. Ce qui est mieux que rien. Triste constat. En espérant un nouveau départ ?

https://www.ojim.fr/disparition-probable-du-quotidien-la-marseillaise-un-cas-decole/?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=observatoire_du_journalisme_les_dernieres_publications&utm_term=2018-03-21

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mardi 20 mars 2018

Trafic d’organes au Kosovo : un rapport accablant

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Petit rappel historique suite à la visite du président du Kosovo à Paris, un évènement superbement ignoré par la presse française, et pour cause... (voir: Macron reçoit discrètement le Président de la République du Kosovo Hashim Thaçi )

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Trafic d’organes au Kosovo : un rapport accablant

Source : Le Monde diplomatique, Jean-Arnault Dérens, 04-01-2011

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Le rapport présenté le 16 décembre devant le Conseil de l’Europe par le député suisse Dick Marty sur le trafic d’organes dont auraient été victimes des prisonniers de l’Armée de libération du Kosovo (UCK) a fait l’effet d’une bombe (1). Pourtant, les allégations contenues dans ce rapport ne sont pas nouvelles : ce trafic est déjà évoqué dans les mémoires publiées en 2008 par l’ancienne Procureure générale du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY), Carla Del Ponte (2) et, au Kosovo, l’hypothèse d’un tel trafic est une « rumeur » qui circule depuis longtemps. De même, l’enquête publiée en 2009 par les journalistes Altin Raxhimi, Michael Montgomery et Vladimir Karaj avait confirmé l’existence d’un véritable « archipel » de centres secrets de détention de l’UCK en Albanie (3).

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Le rapport de M. Marty apporte cependant nombre d’informations nouvelles, permettant de mieux comprendre les mécanismes de ce trafic. Plusieurs centaines de prisonniers capturés par l’UCK — principalement des Serbes du Kosovo, mais aussi probablement des Roms et des Albanais accusés de « collaboration » — auraient été déportés en Albanie, en 1998 et 1999. Emprisonnés dans plusieurs petits centres de détention — dont la fameuse « maison jaune » du village de Rripë, près de Burrel, visitée par les inspecteurs du TPIY —, certains d’entre eux auraient alimenté un trafic d’organes. Les prisonniers étaient conduits vers une petite clinique située à Fushë Kruja, à une quinzaine de kilomètres de l’aéroport international de Tirana lorsque des clients se manifestaient pour recevoir des organes. Ils étaient alors abattus d’une balle dans la tête avant que les organes, principalement des reins, soient prélevés. Ce trafic était conduit par le « groupe de la Drenica », un petit noyau de combattants de l’UCK regroupés autour de deux figures clés : M. Hashim Thaçi, actuel Premier ministre du Kosovo, et M. Shaip Muja, alors responsable de la brigade médicale de l’UCK et aujourd’hui conseiller pour la santé de ce même Hashim Thaçi.

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Le rapport de M. Marty laisse beaucoup de questions sans réponses, notamment le nombre exact de prisonniers victimes de ce trafic. La justice serbe, pour sa part, parle de 500 personnes déportées en Albanie. On ignore également quels étaient les partenaires étrangers de ce trafic, et surtout quels en étaient les bénéficiaires. Le rapport relève cependant que 60 patients de l’hôpital universitaire de Jérusalem auraient bénéficié d’une transplantation rénale en 2001, un chiffre exceptionnellement élevé.

Il importe de placer le crime supposé à sa juste valeur. Si le trafic est avéré, il s’agit d’un crime contre l’humanité massif, qui se situe, dans l’ordre de l’horreur, au « même niveau » que le massacre génocidaire de Srebrenica. Autre point essentiel, ce trafic se serait poursuivi au moins jusqu’en 2001, c’est-à-dire deux ans après l’entrée des troupes de l’OTAN au Kosovo et l’instauration du protectorat des Nations Unies sur le territoire. Le rapport note d’ailleurs qu’à partir de juin 1999, la frontière entre l’Albanie et le Kosovo n’était soumise à aucun contrôle réel.

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Le rapport a suscité un tollé de protestations et de démentis. Certains ont voulu disqualifier le rapport de M. Marty, en jetant le doute sur son auteur, présenté comme un « adversaire de l’indépendance du Kosovo », voire comme un « ennemi du peuple albanais ». Le Premier ministre d’Albanie, M. Sali Berisha, l’a ouvertement qualifié de « raciste ». À l’appui de ces assertions, est souvent citée une interview accordée par M. Marty en mars 2008 , dans laquelle celui-ci critique, du point de vue de la légalité internationale, la proclamation d’indépendance du Kosovo (4). Cette prise de position ne traduit nullement une « aversion » à l’égard du peuple albanais ni du Kosovo, et le rapport de M. Marty ne serait ni plus ni moins étayé si son auteur avait approuvé, de ce même point de vue juridique, la proclamation d’indépendance. Notons enfin que la presse d’Albanie reproche explicitement à M. Marty son « anti-américanisme », puisque celui-ci a déjà révélé en 2006 le scandale des prisons secrètes de la CIA en Europe. Certaines déclarations officielles de Tirana, ces derniers jours, associent « l’anti-américanisme » supposé du rapporteur et son préjugé « anti-albanais ». M. Marty appartient pourtant au Parti radical, une formation politique qui se classe sur la droite de l’échiquier politique suisse et qui n’a jamais été réputée pour son anti-impérialisme forcené.

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Certains accusent également M. Marty de « préjugés politiques », car il a publié son rapport quelques jours après les élections parlementaires organisées au Kosovo le 12 décembre, qui ont été entachées de fraudes massives, principalement commises, semble-t-il, par le Parti démocratique du Kosovo (PDK) de M. Thaçi. Cet argument est facile à rejeter, car la concomitance des dates ne tient, à l’évidence, que de hasards du calendrier. Les élections du 12 décembre étaient un scrutin anticipé, dont la date n’a été fixée que début novembre. Que n’aurait-on dit si M. Marty avait publié ce rapport à la veille de ces élections !

Pour sa part, directement mis en cause, M. Thaçi a sorti l’artillerie lourde pour répondre à M. Marty. Dans une interview publiée le 30 décembre dans le Tages Anzeiger de Zürich, il reprend les accusations de racisme et va même jusqu’à comparer le rapport à la « propagande de Goebbels » (5). À l’inverse, l’affaire est également surexploitée dans le contexte politique suisse, quelques semaines après l’adoption par référendum d’une loi prévoyant l’expulsion des « étrangers délinquants ». La Présidente de la Confédération, Mme Micheline Calmy-Rey, a ainsi préféré « différer » la réception du « prix de la diaspora » qui devait lui être attribué fin décembre par l’ambassade du Kosovo à Berne. Les Albanais, en plus d’alimenter les chiffres de la délinquance en Suisse seraient des « trafiquants d’organes ». On comprend que certains veuillent opposer un déni d’ensemble à cette criminalisation collective.

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De nombreux commentateurs estiment enfin qu’il serait « impossible » d’attribuer un tel crime à des Albanais, et tentent de « relativiser » la portée du rapport en rappelant l’ampleur des crimes commis par des Serbes, au Kosovo et ailleurs dans les Balkans. On ne peut que s’étonner du revirement de beaucoup, qui présentaient Mme Del Ponte comme une héroïne de la justice internationale quand elle traquait les criminels de guerre serbes, et sont sur le point de mettre en doute sa santé mentale depuis qu’elle a évoqué ce trafic. Mme Florence Hartman, ancienne porte-parole de Mme Del Ponte, a ainsi fustigé dans de nombreuses interviews « l’irresponsabilité » de l’ancienne Procureur, qui présenterait « comme des faits avérés de simples hypothèses », soulignant que les enquêtes menées par le TPIY n’avaient pas apporté de preuves concluantes. Or, ces enquêtes, notamment dans la fameuse « maison jaune » de Rripë, n’ont jamais pu être menées à bien, en partie à cause du refus de collaboration opposé par les autorités albanaises (6).

En attendant qu’une enquête sérieuse et systématique soit menée et puisse établir ou non la réalité du trafic d’organes, en attendant que des inculpations soient éventuellement prononcées par un tribunal compétent, on peut retenir comme acquis plusieurs faits. Tout d’abord, les corps de plusieurs centaines de Serbes et d’autres prisonniers de l’UCK n’ont jamais été retrouvés et il est très peu probable qu’ils le soient sur le petit territoire du Kosovo, où tous les sites éventuels de charniers et de fosses communes ont été identifiés et fouillés. Il est également certain qu’un nombre important de ces prisonniers ont été déportés en Albanie, où l’UCK disposait d’un réseau de centres de détention. On doit également admettre, plus de dix ans après les faits, qu’il est très probable que ces prisonniers sont aujourd’hui pour la plupart morts. Leurs corps n’ont pas non plus été découverts en Albanie (7).

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Par ailleurs, l’existence d’un trafic d’organes au Kosovo, alimenté par des « volontaires » venant vendre leurs reins est également attestée. Des patients, principalement israéliens, se rendaient dans la clinique Medicus de Pristina pour recevoir des organes sains. Ce trafic implique un personnage très inquiétant, un chirurgien turc nommé Yusuf Erçin Sönmez, alias « Docteur Vautour », actuellement en fuite. L’affaire de la clinique Medicus, dont le procès vient de s’ouvrir à Pristina, n’est pas forcément liée à l’éventuel trafic d’organes pratiqué, dix ans plus tôt, sur des prisonniers de l’UCK, mais les coïncidences sont troublantes (8).

Les réactions dans les médias albanais, dans la classe politique et plus largement dans la société albanaise, notamment dans la diaspora (9), rappellent immanquablement l’attitude de déni longtemps opposée par de larges secteurs de l’opinion serbe face aux crimes commis par les forces serbes. Les deux arguments centraux sont les mêmes : « notre peuple ne peut pas avoir commis de telles atrocités », et « notre peuple a été victime de crimes encore pires que ceux qu’on lui impute ». La réalité des crimes commis par les forces serbes au Kosovo n’invalide pourtant pas l’hypothèse que certains Albanais aient pu commettre un autre crime, particulièrement abject.

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Tout le problème est que « le peuple albanais » n’est aucunement coupable de cet éventuel trafic, tout comme « le peuple serbe » n’a pas à porter la responsabilité du massacre génocidaire de Srebrenica : ces crimes ont des coupables, dont il appartient à la justice d’établir la responsabilité personnelle. Ce travail de justice est la seule manière d’éviter à des peuples entiers, et aux générations futures, de porter le fardeau accablant d’une responsabilité collective. Au Kosovo, seul M. Albin Kurti, le dirigeant du mouvement Vetëvendosja (« Autodétermination ») semble avoir compris la véritable signification de ce qui est en train de se jouer. Il a officiellement demandé que la justice se saisisse du dossier de M. Thaçi, estimant que c’était la seule manière de laver l’ensemble des combattants et des sympathisants de l’UCK du soupçon d’une responsabilité collective (10).

Justice

En Albanie, une des rares voix critiques à s’être élevée est celle de l’essayiste Fatos Lubonja, ancien prisonnier politique du régime stalinien et grande figure de la gauche. Dans un article publié par le quotidien Panorama, M. Lubonja ose établir un parallèle entre ce crime, supposé, et celui, établi, de Srebrenica, en soulignant que les Albanais risquent désormais d’en subir le poids accablant sur leur conscience collective. Dénonçant le « front patriotique », qui se forme, de Tirana à Pristina, pour refuser une enquête, il écrit : « l’accusation est certes lourde, mais refuser l’enquête qui la confirmerait ou l’infirmerait est encore pire. Ce refus nous rend tous coupables et je crois que la plupart des Albanais ne veulent pas se sentir mêlés à ce genre de crimes » (11).

Les critiques de M. Marty pointent l’absence de preuves fournies par son rapport. La résolution adoptée à l’unanimité par la Commission de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe demande justement que des enquêtes soient diligentées pour établir ces preuves. Par la voix de sa représentante pour les Affaires étrangères, Mme Catherine Ashton, l’Union européenne a estimé que cette enquête devait être menée par la mission européenne Eulex, précisément chargée d’assister les institutions du Kosovo dans la construction de l’Etat de droit. Tout en répétant ses critiques, le gouvernement albanais a fait savoir qu’il ne s’opposerait pas à ce que cette enquête se poursuive sur son territoire. Pour sa part, Mme Del Ponte a soulevé le problème de la juridiction compétente pour se saisir d’une telle affaire : le TPIY ne pouvant plus ouvrir de nouveaux dossiers, il faudrait créer un tribunal ad hoc, ou bien transmettre le dossier à la Cour pénale internationale (CPI) (12).

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Enfin, les responsabilités que pointent le rapport ne concerne pas seulement M. Thaçi et les anciens dirigeants de la guérilla albanaise. Dans son livre, Mme Del Ponte explique le mur auquel elle s’est heurtée lorsqu’elle a essayé, à partir de 2000, de mener des enquêtes sur les crimes supposés de l’UCK, citant nommément le chef de la mission de l’ONU, M. Bernard Kouchner, ainsi que le général français Valentin, alors commandant en chef de la KFOR. Pour tenter d’expliquer ce blocage, elle écrit : « Je suis certaine que les responsables de la MINUK et même de la KFOR craignaient pour leur vie et pour la vie des membres de leurs missions ». Plus loin, elle ajoute : « dans l’esprit de la MINUK et de la KFOR, [M. Hashim] Thaçi et [l’ancien chef militaire de l’UCK, M. Agim] Ceku ne représentaient pas uniquement un danger pour la sécurité de leur personnel et l’accomplissement de leurs missions : ils mettaient en péril tout l’édifice du processus de paix dans les Balkans » (13).

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Dans une interview publiée le 21 décembre par le quotidien serbe Politika, le capitaine canadien Stu Kellock, ancien chef du département de police de la Minuk, déclare : « Je ne peux pas affirmer que Kouchner connaissait le trafic d’organe, mais il est impossible qu’il n’ait pas eu d’informations sur le crime organisé au Kosovo. » De fait, la lutte contre la criminalité organisée représentait l’une des priorités des missions internationales au Kosovo. Le capitaine Kellock explique également que « toute critique à l’encontre de Hashim Thaçi et de son entourage » était immédiatement rejetée dans les « cercles où [il] travaillait » (14).

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Par « réalisme politique », plusieurs pays occidentaux ont fait le choix de jouer la « carte » politique que représentait M. Thaçi. On sait que ce dernier était conseillé, déjà durant la guerre, par des agents de certains services de renseignements, notamment de la DGSE française. L’implication directe de M. Thaçi dans de nombreuses activités illégales (racket, blanchiment d’argent, etc.) est également avérée. Par souci de ne pas « griller » un précieux allié politique, les « protecteurs » occidentaux de M. Thaçi ont fait le choix de passer l’éponge sur ces « péchés véniels ». Si une enquête confirme l’implication de M. Thaçi dans un abject trafic d’organes, la responsabilité de ses « protecteurs » occidentaux risque d’être accablante.

Interrogé par un journaliste serbe sur le trafic d’organes le 27 février dernier, alors qu’il se trouvait en voyage officiel au Kosovo, M. Kouchner, alors ministre des Affaires étrangères, avait éclaté de rire, avant de s’exclamer : « J’ai une tête à vendre des organes, moi ? », et de suggérer au journaliste « d’aller se faire soigner » (15). Le rire de M. Kouchner résonne aujourd’hui de manière sinistre.

Jean-Arnault Dérens

Rédacteur en chef du site Le Courrier des Balkans. Dernier ouvrage paru (avec Laurent Geslin) : Voyage au pays des Gorani (Balkans, début du XXIe siècle), Cartouche, Paris, 2010.

(1) Le rapport est disponible sur le site du Conseil de l’Europe.

(2) Traduction française : Carla Del Ponte, La chasse. Les criminels de guerre et moi, Paris, Héloïse d’Ormesson, 2009.

(3) Lire Altin Raxhimi, Michael Montgomery et Vladimir Karaj, « Albanie et Kosovo : les camps de la mort de l’UÇK », Le Courrier des Balkans, 10 avril 2009.

(4) «

(5) « Martys Vorgehen erinnert mich an Goebbels », Tages Anzeiger, 30 décembre 2010.

(6) Lire Ben Andoni, « Trafic d’organes en Albanie : dans la “clinique fantôme” de Carla Del Ponte », Le Courrier des Balkans, 19 mai 2008.

(7) Rappelons que les autorités albanaises avaient refusé d’accéder en 2003 aux demandes des enquêteurs du TPIY, qui souhaitaient procéder à des exhumations dans le cimetière de Rripë. Ce refus a été officiellement justifié par des « raisons culturelles ».

(8) Lire « Trafic d’organes : le vaste réseau de “Docteur Vautour”, chirurgien turc », Le Courrier des Balkans, 21 décembre 2010.

(9) Lire Blerim Shabani & Sevdail Tahiri, « Le rapport de Dick Marty secoue la diaspora albanophone en Suisse », albinfo.ch, 20 décembre 2010.

(10) Lire « Kosovo : Vetëvendosje demande que Thaçi soit déféré devant la justice », Le Courrier des Balkans, 18 décembre 2010.

(11) Fatos Lubonja, « Pse refusohet raporti i Dick Martit ? », Panorama, 22 décembre 2010.

(12) Lire « Trafic d’organes de l’UÇK : Carla Del Ponte pour la saisine de la CPI », Le Courrier des Balkans, 23 décembre 2010.

(13) Carla Del Ponte, La chasse, op.cit., pp.460-461.

(14) Lire Rade Maroević, « Kušner je morao da zna », Politika, 21 décembre 2010, et R.S.V., « Trafic d’organces : Kouchner savait », Le Courrier des Balkans, 29 décembre 2010.

(15) La vidéo de cet échange circule beaucoup sur Internet. On peut la consulter sur Dailymotion.

Source : Le Monde diplomatique, Jean-Arnault Dérens, 04-01-2011

https://www.les-crises.fr/le-president-du-kosovo-hashim-thaci-responsable-dun-trafic-dorganes-selon-le-conseil-de-leurope/

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Macron et son invité Hashim Thaçi, “parrain de la pègre” kosovare et trafiquant d’organes présumé

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Mercredi dernier, le Président Kosovar Hashim Thaçi annonçait fièrement sur Twitter sa rencontre avec le Président Macron :

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Nous sommes donc heureux de constater l’osmose entre Macron et le président kosovar, “le plus dangereux des parrains de la pègre” kosovare et trafiquants d’organe présumé selon un rapport de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (rapport consultable en français ici [cliquez sur l’exposé des motifs en bas] ou ici [et en pdf ]) :

https://www.les-crises.fr/macron-et-son-invite-hashim-thaci-parrain-de-la-pegre-kosovare-et-trafiquant-d-organes-presume/

Dick Marty sur le trafic d’organes au Kosovo : « Qui sera assez fou pour témoigner ? »

Source : Justiceinfo.net, Fondation Hirondelle, le 27 avril 2017.

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Devant un public nombreux de l’université de Neuchâtel, où l’émotion des guerres de l’ex-Yougoslavie était bien palpable, Dick Marty, l’auteur du rapport explosif de décembre 2010 sur le trafic illicite d’organes au Kosovo, s’est exprimé mercredi dans le cadre du « Carrefour de Sarajevo ».

C’était la première fois depuis des années que Dick Marty, (membre par ailleurs du Conseil de la Fondation Hirondelle, propriétaire de JusticeInfo.net) revenait sur son rapport qui met en cause l’actuel président du Kosovo, Hashim Thaçi. Il accusait celui-ci d’être « l’un des plus dangereux parrain de la pègre albanaise ». Le rapport affirmait que le président du Kosovo et ses proches « ont ordonné, et parfois personnellement veillé au bon déroulement d’un certain nombre d’assassinats, de détentions, d’agressions et d’interrogatoires dans diverses régions du Kosovo et notamment à l’occasion d’opérations menées par l’UÇK sur le territoire albanais, entre 1998 et 2000. »

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Mandaté à trois reprises par le Conseil de l’Europe pour enquêter respectivement sur les prisons secrètes de la CIA en Europe, sur les crimes dans le Caucase du Nord, et sur le trafic d’organes au Kosovo en 1999, Dick Marty a goûté de près au cynisme de la Realpolitik et de la raison d’Etat. Mercredi soir, il a avoué avoir été « ébranlé » par la rédaction de ces trois rapports qui, dit-il, « ont détruit bien des illusions, bien des espoirs que j’avais en la justice : J’ai découvert que les gouvernements mentent, que les gouvernements manipulent l’information, que des hommes ont un double langage, ils parlent le dimanche des droits de l’homme et le lundi matin, ils les bafouent ».

Revenant sur le rapport lié aux assassinats et au trafic d’organes, dont se sont rendus responsables des responsables de l’UCK (l’armée de libération du Kosovo) et notamment de l’actuel président de la république du Kosovo, Dick Marty s’étonne que l’ex-procureure du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY), Carla del Ponte, n’en a fait état que dans son livre paru en 2008, « La traque, les criminels de guerre et moi » ; soit quatre ans après l’échec des enquêtes de ses services pour faire la lumière sur les allégations contenues dans le rapport Marty. « Etonnement » redoublé, raconte Dick Marty, lorsque en 2010, il demande à voir les éléments de preuve que les enquêteurs du TPIY ont récolté sur le trafic d’organes, et qu’on lui dit que « ces preuves ont mystérieusement disparu du bureau du procureur »

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Pour l’ex-procureur tessinois, la justice sur cette affaire est un leurre : « les Américains ont privilégié la stabilité à court terme. Avec les Européens, ils ont fermé les yeux même s’ils savaient tous parfaitement à quoi s’en tenir sur les têtes du crime organisé au Kosovo et sur les crimes qu’ils commettaient ».

Dans quelques jours, les Chambres spéciales sur le Kosovo vont devenir opérationnelles et auront pour mandat de poursuivre les auteurs du trafic d’organes mis en lumière par Dick Marty. Mais celui-ci n’attend rien du premier Tribunal jamais créé par l’Union européenne : « Qui, dans ces conditions, serait assez fou pour témoigner vingt ans après les faits ? Beaucoup de témoins ont déjà été assassinés ».

https://www.les-crises.fr/dick-marty-sur-le-trafic-dorganes-au-kosovo-qui-sera-assez-fou-pour-temoigner/

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dimanche 18 mars 2018

L’Appel des Résistants aux jeunes générations du 8 mars 2004

C'était il y a 14 ans déjà, et c'était passé à peu près inaperçu...


 

HIST RESISTANCE CNR

Jean-Moulin

Appel des Résistants aux jeunes générations du 8 mars 2004

Appel à la commémoration du 60e anniversaire du programme du C.N.R. de 1944

Au moment où nous voyons remis en cause le socle des conquêtes sociales de la Libération, nous, vétérans des mouvements de Résistance et des forces combattantes de la France Libre (1940-1945), appelons les jeunes générations à faire vivre et retransmettre l’héritage de la Résistance et ses idéaux toujours actuels de démocratie économique, sociale et culturelle.

Soixante ans plus tard, le nazisme est vaincu, grâce au sacrifice de nos frères et soeurs de la Résistance et des nations unies contre la barbarie fasciste. Mais cette menace n’a pas totalement disparu et notre colère contre l’injustice est toujours intacte.

Nous appelons, en conscience, à célébrer l’actualité de la Résistance, non pas au profit de causes partisanes ou instrumentalisées par un quelconque enjeu de pouvoir, mais pour proposer aux générations qui nous succéderont d’accomplir trois gestes humanistes et profondément politiques au sens vrai du terme, pour que la flamme de la Résistance ne s’éteigne jamais :

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Nous appelons d’abord les éducateurs, les mouvements sociaux, les collectivités publiques, les créateurs, les citoyens, les exploités, les humiliés, à célébrer ensemble l’anniversaire du programme du Conseil national de la Résistance (C.N.R.) adopté dans la clandestinité le 15 mars 1944 : Sécurité sociale et retraites généralisées, contrôle des ” féodalités économiques ” , droit à la culture et à l’éducation pour tous, presse délivrée de l’argent et de la corruption, lois sociales ouvrières et agricoles, etc. Comment peut-il manquer aujourd’hui de l’argent pour maintenir et prolonger ces conquêtes sociales, alors que la production de richesses a considérablement augmenté depuis la Libération, période où l’Europe était ruinée ? Les responsables politiques, économiques, intellectuels et l’ensemble de la société ne doivent pas démissionner, ni se laisser impressionner par l’actuelle dictature internationale des marchés financiers qui menace la paix et la démocratie.
Nous appelons ensuite les mouvements, partis, associations, institutions et syndicats héritiers de la Résistance à dépasser les enjeux sectoriels, et à se consacrer en priorité aux causes politiques des injustices et des conflits sociaux, et non plus seulement à leurs conséquences, à définir ensemble un nouveau ” Programme de Résistance ” pour notre siècle, sachant que le fascisme se nourrit toujours du racisme, de l’intolérance et de la guerre, qui eux-mêmes se nourrissent des injustices sociales.
Nous appelons enfin les enfants, les jeunes, les parents, les anciens et les grands-parents, les éducateurs, les autorités publiques, à une véritable insurrection pacifique contre les moyens de communication de masse qui ne proposent comme horizon pour notre jeunesse que la consommation marchande,le mépris des plus faibles et de la culture, l’amnésie généralisée et la compétition à outrance de tous contre tous. Nous n’acceptons pas que les principaux médias soient désormais contrôlés par des intérêts privés,contrairement au programme du Conseil national de la Résistance et aux ordonnances sur la presse de 1944.

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Plus que jamais, à ceux et celles qui feront le siècle qui commence, nous voulons dire avec notre affection :

” Créer, c’est résister. Résister, c’est créer “.

Signataires :Lucie Aubrac, Raymond Aubrac, Henri Bartoli, Daniel Cordier, PhilippeDechartre, Georges Guingouin, Stéphane Hessel, Maurice Kriegel-Valrimont,Lise London, Georges Séguy, Germaine Tillion, Jean-Pierre Vernant, MauriceVoutey.

[RussEurope en Exil] Le combat pour la multipolarité du monde, par Jacques Sapir

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Le livre d’Hélène Carrère d’Encausse sur le Général de Gaulle et la Russie

Les relations entre la France et la Russie ne sont pas bonnes. En témoigne, et ce n’est que l’un des indicateurs, la baisse de la part de la France dans le commerce extérieur de la Russie. Mais, ces relations pourraient être pires. De ce point de vue, l’interview donnée dans le journal Le Monde par l’ancien Président de la République[1], M. François Hollande, en témoigne. Il demande ainsi que l’on « menace la Russie » : « La Russie se réarme depuis plusieurs années, et si elle est menaçante, elle doit être menacée » a-t-il ainsi écrit. Quand on se rappelle le bilan calamiteux de son mandat, en particulier sur la politique étrangère, on ne peut être que surpris. Voici un homme qui sera passé en un article du pleutre au pitre.

Ce contexte invite donc à se repencher sur les relations entre la France et la Russe et à lire, avec attention, l’ouvrage publié en décembre 2017 par Hélène Carrère d’Encausse Le Général de Gaulle et la Russie[2].

Un livre important

Cet ouvrage est construit en trois parties, qui s’éclairent les unes les autres. L’auteur a choisi un plan chronologique pour les deux premières parties, ce qui est amplement justifié. La troisième est une réflexion sur le processus de « détente », processus auquel le général de Gaulle tenait tant, et qu’il fit tout pour enclencher. Madame Carrère d’Encausse utilise, et confronte, les sources françaises, qui sont nombreuses, car l’entourage du général De Gaulle a été assez prolixe en mémoires, avec des sources issues de publications ou des archives russes et soviétiques. Certaines de ces dernières datent de 1983, comme le recueil des textes échangés entre 1941 et 1945. D’autres sont plus récentes, comme l’article de Mikhail Lipkin, consacré au voyage que de Gaulle fit en Union soviétique en 1966 et à ses suites ou les ouvrages de Moltchanov et d’Obitchkina, l’un et l’autre parus en 2016. C’est ce qui confère à cet ouvrage son intérêt particulier car il nous donne à voir la politique du général De Gaulle non seulement du point de vue français mais aussi du point de vue soviétique. Cela permet de mesurer la méfiance dont les soviétiques font preuve tant vis-à-vis du personnage que de son entourage, décrit de 1941 à 1945 comme rempli de « néo-Vichystes » et de gens d’extrême-droite. Ce thème réapparaitra en 1958-1962, quoi que sous une autre forme. On peut cependant se demander si les rapports des ambassadeurs soviétiques, en particulier ceux de la période stalinienne (Maïski, Bogomolov) ne contiennent pas aussi des « précautions » par rapport à Staline, et ne lui disent que ce qu’il était connu pour vouloir entendre. De ce point de vue, il manque les rapports envoyés par le GRU (le renseignement militaire) et le KGB. Ces rapports ne sont pas disponibles actuellement. Mais, pour avoir eu de longues conversations avec Vitaly Shlykov, qui fut un des principaux officiers du GRU et que j’ai connu dans les années 1990, je pense que c’est dans les archives de ce dernier service que peuvent se trouver des choses particulièrement intéressantes et fines sur l’analyse de ce que représentait le « gaullisme » que ce soit dans la France Libre et après dans la société française.

L’intérêt du livre n’en est nullement amoindri. On le répète, c’est la première fois qu’un auteur se livre à cette approche croisée de la politique du général de Gaulle. Mais, ce livre ne peut être considéré, du moins tant que les archives des « services » soviétiques n’auront pas été exploitées, comme définitif.

La France Libre, entre Roosevelt, Hitler et Staline

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La première partie porte donc sur les relations du général De Gaulle avec l’Union soviétique de 1940 à 1946. Cette partie insiste sur la combinaison de préventions, existant d’un côté comme de l’autre, mais aussi sur les raisons profondes qui allaient conduire, fin 1944, sur le « Traité d’alliance et d’assistance mutuelle ». Les préventions sont donc nombreuses, pour partie idéologiques et pour partie politiques. Les dirigeants soviétiques classent alors de Gaulle à l’extrême-droite, et de Gaulle est profondément anti-communiste. Mais, les divergences idéologiques ne sont rien par rapport aux divergences politiques. Ces dernières portent sur deux points essentiels, le futur de l’Allemagne – que de Gaulle souhaite voir démembrée – et le futur de la Pologne. On le sait, l’URSS soutenait de « Comité de Lublin », ancêtre de la future Pologne soviétisée contre le gouvernement polonais réfugié à Londres. A ces divergences, fondamentales, s’ajoutent naturellement la relation tant de la France Libre que de l’URSS avec les autres alliés, qu’il s’agisse de la Grande Bretagne ou des Etats-Unis, ainsi que le statut des ressortissants et prisonniers français et soviétiques présents sur le territoire de chacune des parties. Cette addition de différences et de divergences aurait dû impliquer le non-lieu des relations. Pourtant, il n’en fut rien.

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Car, de l’existence des divergences politiques, l’une et l’autre partie tirent la conclusion qu’elles ont besoin de cet allié encombrant, difficile, mais néanmoins nécessaire. Car, pour le général de Gaulle, à juste titre obsédé par la nécessité de rétablir la France à sa place et dans son rang, craignant à raison le projet américain d’administration directe de la France libérée (l’AMGOT), l’alliance avec l’URSS – ou plus précisément comme il la voyait avec la Russie – était une nécessité absolue. A cela s’ajoutait une vision pour l’après-guerre, où de Gaulle estimait que « l’alliance de revers » était pour la France la meilleure méthode pour contenir l’Allemagne. De la même manière, pour Staline et les dirigeants soviétiques, la reconnaissance de la France Libre peut permettre de diversifier les relations avec les autres alliés occidentaux. De plus, et c’est un point que l’ouvrage, entièrement consacré aux questions diplomatiques, ignore par définition, les dirigeants soviétiques ont été frappés par l’effondrement politique qui suivi la défaite militaire de mai-juin 1940. Cet événement fut le premier à les inquiéter quant à la stabilité du Pacte Germano-Soviétique, déclenchant le processus de révision stratégique qui allait aboutir à la priorité dans la préparation d’une guerre « continentale » dès l’automne 1940[3].

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L’apothéose de cette relation, complexe, traversée de conflits et de coup de théâtres, mais marquée aussi par l’épopée du GC3, le régiment de chasse « Normandie » devenu « Normandie-Niemen », fut le voyage en URSS du général de Gaulle en décembre 1944. Ce voyage donna lieu à la signature du « Traité d’alliance et d’assistance mutuelle ». Ce dernier devait rapidement s’avérer mort-né, en raison du début de la guerre froide. Mais, les raisons qui, d’un côté comme de l’autre, avaient conduit à sa signature perduraient. Ce traité, loin d’être le signe d’une quelconque faiblesse du général de Gaulle face à Staline, allait en un sens paver le chemin qui serait suivi après 1958. Et l’on ne peut être que frappé par la prescience de long terme de la vision du général de Gaulle sur un certain nombre de points.

La France souveraine en action

La seconde partie traite des relations avec l’URSS après le retour au pouvoir du général de Gaulle. Ces relations sont tout d’abord mauvaises et cela pour deux raisons, d’une part la volonté du général de faire avancer la réconciliation franco-allemande (à un moment où l’URSS tente de faire reconnaître la RDA) et d’autre part l’extrême fermeté que le général de Gaulle montra à chaque fois qu’une crise éclata, comme à Berlin ou à Cuba. Mais, les soviétiques découvrirent aussi l’ampleur des différents qui opposaient de Gaulle aux dirigeants américains, tout comme ils étaient eux-mêmes confrontés à des divergences majeures avec les dirigeants chinois.

 

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C’est ce qui explique qu’après des débuts difficiles, le voyage de Khrouchtchev en France fut un succès diplomatique. Certes, en apparence, un succès de très courte durée. La réunion des « 4 grands » fut torpillée suite au survol, et à la destruction, de l’U2 américain au-dessus de l’URSS. Mais, de cette époque, datent deux choses importantes : d’une part le constat par les soviétiques que la France cherche avant tout à affirmer son indépendance, et qu’elle a les moyens de cette dernière depuis l’explosion d’une arme atomique, d’autre part le constat, par le général de Gaulle, que l’URSS perd de plus en plus son aspect idéologique alors qu’elle gagne en technologie et en développement.

 

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Le retrait de la France des organes intégrés de l’OTAN va alors accélérer un processus de rapprochement réciproque, processus qui – pour les soviétiques – est aussi lié au programme des sous-marins lanceurs d’engins (SNLE) dont la France entend disposer. Le premier de ces sous-marins ne fera sa première patrouille qu’en 1971, soit deux ans après le départ du général de Gaulle du pouvoir. Mais, le programme lui-même a atteint un point de non-retour à la fin de 1965. Ici encore, parce qu’elle concentre son attention, et il n’est pas question de lui en faire grief, sur les questions diplomatiques et politiques, Hélène Carrère d’Encausse n’accorde probablement pas l’attention nécessaire sur la montée en puissance décisive de la force de dissuasion française. Mais, par contre, elle analyse très justement le statut global de la dissuasion dans la pensée du général de Gaulle, et pourquoi cette dernière en rendant de fait une guerre intereuropéenne peu probable, changeait radicalement la situation. De fait l’URSS reconnaitra au début des années 1970 – et on le sait par les « Voroshilov Lectures » qui furent publiées aux Etats-Unis au début des années 1980[4] l’indépendance stratégique de la France, et en tirera la conclusion qu’une guerre même conventionnelle ne pouvait avoir lieu en Europe tant était grand le risque qu’elle ne débouche sur un conflit nucléaire.

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On n’en est certes pas là en 1966, quand le général de Gaulle fit son second, et célèbre, voyage en URSS. Mais il est clair que l’émergence de la dissuasion nucléaire a changé radicalement et la manière des soviétiques de percevoir la France, et la manière dont de Gaulle perçoit l’ordre international. Le temps est venu de la « détente », et même si des oppositions majeures continuent d’exister, les contacts économiques, scientifiques et culturels peuvent se développer. De Gaulle appliquera cela aussi à des pays comme la Pologne et la Roumanie. Ici aussi, ces efforts furent en apparence prématurés. Après le départ, en 1969, du général de Gaulle du pouvoir sa « politique russe » sembla s’effilocher. L’intervention des soviétiques de 1968 à Prague pouvait laisser croire que l’URSS continuait de tenir fermement le manche en Europe de l’Est. Pourtant, les événements des années 1980 allaient confirmer les analyses du général de Gaulle. En ce sens, ce fut bien de Gaulle et non Raymond Aron qui sut penser avec réalisme et intelligence la seconde moitié du XXème siècle.

La nécessité du monde multipolaire

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L’immense mérite du livre d’Hélène Carrère d’Encausse est donc tout d’abord de montrer que les intuitions, mais aussi les analyses solidement appuyées sur l’histoire, la géographie et la culture, du général de Gaulle ont été validées par l’histoire. Fondamentalement, son idée maitresse que le retour de la France au premier rang des puissances mondiales serait un facteur de paix, que l’acquisition par la France de la dissuasion nucléaire, en brisant le duopole de fait entre américains et soviétiques, serait un facteur de libération progressif en Europe, a été vérifiée par l’histoire. C’est un point important à rappeler aujourd’hui alors que l’on tend à ré-écrire l’histoire de la guerre froide et à magnifier le rôle de la construction des institutions européennes (de la CEE à l’UE), alors que ces institutions ne jouèrent en réalité AUCUN rôle dans les processus qui allaient avoir lieu à la fin des années 1980 et au début des années 1990. Ce qui est central dans cet ouvrage, même si cela n’est pas dit directement – mais Hélène Carrère d’Encausse suppose à juste titre assez d’intelligence chez ses lecteurs pour ne pas chercher à enfoncer le clou – c’est que l’idée d’un monde multipolaire est essentielle à la paix et à la sécurité européenne. C’est en tout les cas la conclusion que l’on peut tirer de la troisième partie « En finir avec Yalta ». Car, l’idée d’un monde bipolaire, elle, fut construite lors des accords de Yalta.

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A plusieurs reprises l’auteur revient sur le couple « opposition-collusion » qui caractérise les relations américano-soviétiques, en montre les dangers pour les autres nations, et démontre en quoi la présence d’une France forte et souveraine, parce qu’elle dérange radicalement ce couple, est au contraire porteuse d’espoir pour les autres peuples. Non qu’il faille se bercer d’illusions quant aux conflits d’un monde « multipolaire » ou tout simplement au conflit pour l’émergence d’un tel monde. Mais, ces conflits sont infiniment moins graves et moins menaçants que ceux résultants d’un monde bi ou monopolaire. Alors que se précise la perspective d’un affrontement entre les Etats-Unis et la Chine, cette idée du monde multipolaire retrouve aujourd’hui toute son importance. Mais, pour que le monde soit véritablement multipolaire, il faut que la France s’émancipe de la double tutelle de l’OTAN et de l’UE et affirme avec force que l’Europe n’est pas la somme des « institutions européennes », que l’Europe n’est pas l’UE, mais doit redevenir cette Union des nations souveraines qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être.

[1] Voir http://www.lemonde.fr/international/article/2018/03/12/hollande-quel-est-cet-allie-turc-qui-frappe-nos-propres-allies-avec-le-soutien-de-groupes-djihadistes_5269351_3210.html et http://www.lejdd.fr/politique/francois-hollande-3597218

[2] Carrère d’Encausse H., Le général de Gaulle et la Russie, Paris, Fayard, 2017, 258p + annexes.

[3] Sapir J., “La défaite française de 1940 vue par les soviétiques” in Cahiers du CEHD, n°23, “Nouvelle histoire bataille (II)”, pp. 273-281.

[4] Sapir J., Le système militaire soviétique, La Découverte, Paris, 1988 et Sapir J., (En collaboration avec T. Malleret),”Soviet Military Policy: from Restructuring to Reform”, in R. Allison, (ed.), Radical Reform in Soviet Defence Policy, Macmillan, Londres, 1992.

https://www.les-crises.fr/russeurope-en-exil-le-combat-pour-la-multipolarite-du-monde-par-jacques-sapir/

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